3 couvertures

Catégorie 3, livre dont on a beaucoup entendu parlé: "Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une" de Raphaëlle Giordano

Ta deuxième vie

 Camille a une vie stable et bien orchestrée entre son mari, son fils et son travail. Alors pourquoi a-elle l'impression que le Bonheur lui échappe? L'homme de sa vie lui parle à peine, son boulot de commerciale l'éloigne de plus en plus souvent de son foyer la laissant rentrer chez elle éreintée et elle a l'impression désagréable de ne plus être une "bonne" mère. 

 Un accident la met en contact avec un routinologue!!!! Avec Claude, elle va essayer de remettre de l'ordre dans sa vie, d'en reprendre les rênes pour atteindre l'épanouissement qu'elle a toujours espéré.

Mon avis: Ce livre se veut être une belle leçon de vie en donnant quelques ficelles du développement personnel. Aucun doute que certaines lectrices, car il s'adresse avant tout aux femmes, y trouveront un réconfort et quelques "recettes" à suivre. Je ne suis pas habituée aux livres de coaching donc difficile d'être vraiment objective. L'idée de mêler des conseils au sein d'un roman était séduisante mais je trouve que le résultat laisse un goût d'inachevé. L'histoire n'est vraiment pas crédible, le coaching simpliste bien que les conseils soient justes, clairement énoncés et finalement, pour moi, ni l'un ni l'autre n'est vraiment abouti et ne fonctionne pas. En bref, je suis déçue par rapport au tapage médiatique que j'avais entendu.

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Catégorie 13, un auteur de sa région: "La vie volée de Martin Sourire" de Christian Chavassieux

La vie volée de Martin Sourire

  Lors d'une de ses sorties, la souveraine, Marie-Antoinette, en mal d'enfant, a accepté ce garçonnet de 5 ans tendu par les bras d'une grand'mère épuisée. Il est sale et affublé d'une contracture au visage qui lui donne un sourire permanent quelque soit les circonstances, ce qui lui vaut le nom de Martin Sourire. Le voilà à Versailles où il devient la coqueluche des salons royaux en créant quelques jalousies parmi les autres bambins enlevés de la même façon. Mais le temps passe, il grandit, son sourire perpétuel lasse, la colère du peuple affamé gronde dans les faubourgs de Paris. Il devient vacher dans la ferme du Petit Trianon, s'exprime très peu et n'éprouve aucun besoin de voir au delà de son espace de vie.

 La révolution lui ouvre les portes de sa prison dorée, il est temps d'apprendre un métier. Sa vie prend une autre direction sans qu'il se pose la moindre question. Il se contente de son sort et ne se plaint jamais. Il s'astreint à satisfaire ses employeurs. Il apprend à lire. Il rencontre l'Amour et sa compagne lui donne deux enfants. Il n'a pas de conscience politique mais suit les évènements qui se précipitent. Il lit dans le journal la destinée funeste des gens qu'il a côtoyés au château de Versailles. Les têtes tombent, le sang coule à flots.

 Il veut faire quelque chose, ne pas rester à subir. Le voilà engagé volontaire, l'arme à la main. C'est sur les routes de Vendée que son sourire va se changer en rictus. Il voit les carnages de la guerre. Ces atrocités sont capables de faire sombrer n'importe quel individu dans un délire meurtrier. Martin n'y échappe pas. Revenu à la vie civile, il lui est difficile de reprendre goût à la vie. Il est mal dans sa peau, il a perdu son innocence en même temps que son sourire. Il ne supporte pas la malformation de son fils suite à une morsure de chien. Finie l'insouciance, il a vécu tellement d'horreurs que la simple vue de son rejeton lui donne envie de supprimer cette "erreur". Il ne sait plus comment, seulement, vivre! 

 Quelques mots sur l'auteur: Christian Chavassieux, né en 1960, vit dans une bourgade de la Loire, voisine de Roanne. Il été correspondant de presse. Il a publié des poèmes, et certaines de ses nouvelles ont été primées. Il a plusieurs cordes à son arc, auteur de bande dessinée, scénographe, animateur radio, illustrateur, affichiste, il a réalisé et co-réalisé une dizaine de courts-métrages dans les années 1990 à 2000. Mais son terrain de prédilection est l'écriture et il excelle en abordant des domaines aussi variés que le théâtre, la nouvelle, l’essai, la chronique, la poésie, et les écrits sur l’art.

 Avec "Martin Sourire", j'ai aimé la façon détournée d'aborder une époque maintes fois explorée, au travers du destin d'un jeune garçon. Sur les caprices de la souveraine Marie-Antoinette, il a connu les ors de la royauté et, avec lui, nous vivons dans les salons du château de Versailles puis à la ferme du Hameau de la reine. La révolution nous conduit dans le Paris survolté, dans les cuisines d'un grand restaurant où la plume de l'auteur excite notre appétit par des descriptions très fouillées et réalistes. Dans la dernière partie du livre, nous sombrons dans les ténèbres des guerres de Vendée et des débordements sanguinaires de la Terreur où le personnage principal va perdre son innocence, le plongeant dans l'horreur et rendant son retour à la vie "normale" très difficile.

 J'ai adoré parcourir les rues de la capitale grouillantes et populaires, telles qu'on ne les citent jamais dans les livres d'histoire. Le génie de Christian Chavassieux réside dans sa façon de mettre en scène les parisiens de l'époque, informés par les gazettes, bouleversés par les rumeurs et qui, par un élan général, se laisse déborder et emporter par le cours des choses. De plus, les mots du passé utilisés avec parcimonie et bon escient, permettent au lecteur de replonger dans cette période avec beaucoup de véracité et d'y croiser de nombreux personnages, souvent méconnus, qui ont réellement existé.

 Enfin, les annexes en fin de livre, composées de repères chronologiques, notes, vocabulaire et personnalités, bien mieux qu'une bibliographie, témoignent du travail prodigieux de recherche par lequel l'auteur fait part de ses choix pour la construction de son roman. Une grande épopée qui pourrait s'intituler "Une histoire dans l'Histoire".

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Catégorie 37, un des Elements sur la couverture (Terre): "La Nuit de feu" de Eric-Emmanuel Schmitt

La nuit de feu

 Un de mes écrivains contemporains préférés, Eric-Emmanuel Schmitt revient sur son expérience de découverte du désert, 25 ans plus tôt, qui fût une réelle initiation et révélation. Le titre lui-même, "La nuit de feu", est une référence au texte que Blaise Pascal rédigea après sa conversion dans la nuit du 23 au 24 novembre 1654.

 Impossible de résumer ce récit. Le point de départ est un voyage en Algérie en compagnie d'un metteur en scène pour un repérage de lieux sur les traces de Charles de Foucauld, le marabout blanc. C'est dans le Sahara, aux portes de Tamanrasset que E.E. Schmitt, ce philosophe rationnel, habitué à la vie urbaine, va rencontrer Abayghur, un touareg chargé d'orienter le petit groupe à la découverte du désert. La proximité de cet "homme bleu" va commencer à ébranler les certitudes sur lesquelles il a construit sa vie. Une nuit, passée seul, perdu dans cette immensité aride, sous la voûte céleste parsemée de constellations, va être le déclencheur de réflexions sur le cheminement humain, la vie, la mort, la croyance, l'ignorance....pour aboutir à sa rencontre avec Dieu. Ce voyage mystique ne cherche pas à convaincre, c'est simplement le partage d'une expérience personnelle à l'aide du verbe épuré, alerte sans mot inutile de l'auteur.

Quelques extraits: 

"Je ne suis qu'un bout de vie entre deux néants, le néant qui m'a précédé, le néant qui me succédera. Et si l'eternité me laisse tranquille, les deux néants, eux, me grignotent."

" Je ne suis pas rien, plutôt presque rien. Un "presque", voilà ma condition. Presque un être. Presque un néant. Ni l'un ni l'autre, mais une angoisse hybride."

"La mort, je n'arrive pas à l'imaginer. L'écroulement? Le noir? Le silence? Trop concrets... Le vide? Il faut du plein pour saisir le vide. L'arrêt du temps? Qu'est-ce que le temps quand il n'est pas vécu?... Je l'ignore."

"Le hasard existe-t-il? N'est-il pas plutôt le nom que collent à la réalité ceux qui veulent ignorer le destin?"

"Face au questionnement sur l'existence de Dieu, se présentent trois types d'individus honnêtes, le croyant dit:"Je ne sais pas mais je crois que oui.", l'athée dit:"Je ne sais pas mais je crois que non.", l'indifférent dit:"Je ne sais pas et je m'en moque." L'escroquerie commence chez celui qui clame:"Je sais!" Qu'il affirme:"Je sais que Dieu existe" ou "Je sais que Dieu n'existe pas", il outrepasse les pouvoirs de la raison, il vire à l'intégrisme, intégrisme religieux ou intégrisme athée, prenant le chemin funeste du fanatisme et de ses horizons de mort. Les certitudes ne créent que des cadavres."

 Que l'on soit croyant ou pas, ce témoignage intime en toute modestie et humilité, sans aucune prétention de convaincre, ne peut qu'émouvoir. C'est une sublime leçon de philosophie qui donne des pistes de réflexion pour une remise en question de certaines certitudes telles que: nous ne savons rien, nous croyons seulement savoir!