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Catégorie 5, lecture sans cesse repoussée: "Orgueil et préjugés" de Jane Austen

Orgueil et préjugés 

 Les Bennet forment une famille de la bourgeoisie anglaise, typique de l'époque géorgienne. Le père, un peu sarcastique mais vif et plein de fantaisie, aime ses filles tout en retenue, sans débordement démonstratif, particulièrement la cadette. A l'opposé, sa femme parle à tort et à travers, paraissant un peu stupide aux yeux de son entourage. Son souci majeur est que ses cinq filles trouvent un mari, fortuné de préférence. Le couple n'ayant pas eu de fils, les règles de succession en usage à l'époque imposaient que l'héritier du domaine familial soit le garçon le plus proche par filiation. Elle adore le "paraître" et les potins tout en simulant de fréquents malaises nerveux à chaque contrariété.

 Jane, l'aînée est une jeune beauté de 22 ans, pleine de charme et de talents. Elle est toujours encline à l'indulgence même envers les personnages les plus retors. Elizabeth dite Lizzy est la cadette. Moins jolie que sa soeur, elle n'en est pas moins dénuée de charme avec son franc-parler, sa volonté et sa sagacité passant volontiers pour une rebelle. Puis viennent, Catherine dite Kitty, Mary et enfin Lydia, la plus jeune et la plus écervelée qui n'a d'yeux que pour les hommes en uniforme.

 L'achat du domaine voisin par un jeune gentleman célibataire, Charles Bingley, séduisant et possédant une fortune personnelle crée une véritable effervescence auprès des familles de la région ayant des filles à marier, Mrs Bennet en tête. Mais il n'arrive pas seul, il est accompagné des Hurst, sa soeur et son mari, Caroline, son autre soeur et Fitzwilliam Darcy son meilleur ami. Ce dernier est un jeune homme riche et prétentieux dont les manières ne tardent pas à déplaire à la bonne société bourgeoise. Sa mine fermée, son peu de communication avec autrui, son caractère ombrageux et son visible mépris des gens peu fortunés le rendent particulièrement antipathique.

 Mon avis: Jane Austen est une femme de lettres anglaises qui a vécu au 18°-19° siècle (1775-1817). Son observation acérée de la société britannique associée à son humour décalé, lui a permis d'écrire des satyres ironiques sur la bourgeoise. Avec ce livre, elle offre une analyse minutieuse des moeurs et de la morale de l'époque avec un humour sarcastique irrésistible. Son roman narre plusieurs histoires en parallèle. Une multitude de personnages propose une palette de caractères tous aussi différents qu'intéressants. 

 Lizzy, franche et authentique ne cherche pas à plaire à son milieu par des simagrées malgré son absence de dot. A coté de sa modernité, son aînée, Jane paraît beaucoup plus terne, coulée dans le moule que la société lui a préparé: une jeune fille de bonne famille qui subit son sort plutôt que de se battre pour gagner son bonheur. Darcy, malgré tous ses défauts, devient de plus en plus attachant au fur et à mesure qu'il se dévoile. Charles Bingley paraît bien moins "consistant".

 Les personnages secondaires sont souvent irrésistibles de drôlerie et de ridicule. Mr Collins, l'héritier mâle du domaine Bennet, cousin éloigné aux manières obséquieuses et d'un dévouement outrancièrement mielleux envers sa protectrice Lady Catherine de Bourgh. Cette dernière est une caricature de l'aristocratie, hautaine et prétentieuse, elle ne doute pas un instant de son emprise sur ses subalternes et gare à qui osera défier son autorité. Caroline Bingley, amoureuse de Darcy, ne renonce à aucune bassesse pour se l'accaparer. Lydia Bennet, la benjamine, va mettre à mal l'honneur de la famille. George Wickham profite du prestige de l'uniforme pour séduire des jeunes filles fortunées par son discours enjôleur et ne rate aucune occasion pour médire sur Darcy.

 Nul doute que Lizzy (les préjugés) et Darcy (l'orgueil) forment la colonne vertébrale de ce roman à l'atmosphère très british. Le respect et la politesse sont maniés avec art pour enrober des franchises quelques fois blessantes. Pas de démonstrations de tendresse, de baisers échangés, tout est dans la retenue et l'étiquette de la "gently" du XIX° siècle, décrites avec une ironie mordante.

 Ce roman paru en 1813 est une fiction d'époque et non une transcription contemporaine ce qui en fait un texte d'autant plus passionnant et authentique.

 

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Catégorie 80, livre écrit à la 2° personne: "Lambeaux" de Charles Juliet

lambeaux

  J'ai beaucoup cherché pour valider cette catégorie et j'ai fait confiance à mon libraire. Des quelques volumes qu'il m'a montrés, c'est celui-ci qui a retenu mon attention et je ne le regrette pas.

 Il faut savoir que ce livre est une autobiographie quasiment thérapeutique. Il se compose en deux parties.

 La première narre la vie paysanne d'une enfant, devenue jeune fille puis jeune femme et enfin maman. Très douée à l'école, elle ne peut poursuivre ses études à son grand désarroi, parce qu'une fille de la campagne doit aider à la ferme, les animaux, les frères et soeurs, pas de temps à accorder aux balivernes que peut raconter l'instituteur. Sa vie se déroule dans une indifférence générale. Elle se réfugie dans le silence et ses souvenirs notamment celui de son premier amour. Il l'encourage et en même temps lui brise le coeur. Elle rêve que son chemin va, un jour, enfin la conduire vers le bonheur mais il s'achevera dans l'horreur.

 La deuxième partie raconte le destin du petit garçon de cette femme, mis en famille d'accueil après sa disparition. Malgré le temps qui passe et l'attachement de sa famille d'adoption, il tremble à l'idée d'être abandonné, il hurle de terreur dés qu'il se retrouve seul. L'école d'enfants de troupe, la faculté de médecine, sa compagne et enfin son irrésistible envie d'écrire pour exorciser ses démons lui feront suivre un parcours étonnant même pour lui-même. Puis un jour, presque par hasard, malgré le milieu taiseux qui l'entoure, il fait connaissance avec sa mère biologique au travers de photos et d'anecdotes.

 Mon avis: Je peux ranger ce roman dans mes coups de coeur de l'année et ils ne sont pas nombreux. Le style de narration à la deuxième personne est une invitation à la confidence. Je me suis sentie comme autorisée à entrer dans l'intimité de l'écrivain et je l'ai écouté me confier ses angoisses, ses terreurs, ses petites victoires parfois. Son mal-être se traduisant par des phrases courtes saccadées, quelques fois sans verbe laisse entendre une voix haletante traduisant son combat contre la torture de ses pensées. Au fil des pages, cet homme lutte contre la haine et le dégoût de lui-même, la désespérance que lui procure la terrible culpabilité de la mort de sa mère. Mais aussi, plus qu'une autobiographie, cet ouvrage est une renaissance et une reconnaissance, un hymne à l'amour de ses deux mères, "l'étouffée et la valeureuse". Cette douloureuse quête de soi, grâce à l'écriture, va rassembler les "lambeaux" de l'auteur et les transformer en une vie confiante et sereine. 

 Si ces quelques lignes de présentation paraissent bien sombres, c'est que le récit l'est tout autant et pourtant c'est avant tout un message d'espoir à l'intention de tous ceux que le passé a meurtri et un excellent moment de lecture pour les autres.

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Catégorie 6, action dans un monde post-apocalyptique: "L"autre monde: l'alliance des trois" de Maxime Chattam

Autre monde T1

 Une tempête mystérieuse, chargée de phénomènes magnético-électriques, s'abât sur Manhattan. Derrière sa fenêtre, Matt, 14 ans, assiste, inquiet à ce spectacle d'apocalypse. Dès le retour au calme, il réalise qu'il est seul, tous les adultes ont disparu. Il part à leur recherche et rencontre Tobias, son meilleur ami qui se trouve dans la même situation. C'est alors que des monstres hideux se lancent à leur poursuite et semblent particulièrement viser Matt. Les adolescents livrent une lutte sans merci pour leur survie, à peine sortis de leur vie douillette et tranquille.

 Rapidement, ils forment un trio avec Ambre et tentent d'accéder à une île où sont rassemblés les enfants survivants, les Pans (référence à Peter Pan). Le chemin est semé d'embûches dans une végétation exubérante où Dame Nature reprend ses droits, plein d'ennemis rôdent: Les Cyniks, adultes devenus des monstres sanguinaires, des animaux mutants gigantesques et agressifs, araignées, chauve-souris....etc.

 Mais au sein de la Communauté, la vie n'est pas de tout repos. Une créature mystérieuse hante l'un des manoirs et il semble qu'un traître se soit introduit au milieu des enfants. La lutte continue pour ces jeunes qui commencent à découvrir qu'ils sont détenteurs, chacun, d'un pouvoir inconnu qu'ils vont devoir apprendre à maîtriser: l'altération.

 Mon avis: Maxime Chattam est connu comme maître du thriller, donnant des sueurs froides à ses lecteurs. Ce livre est un premier tome d'une série de 7 volumes. Si le thème a changé, le style est resté le même. Le sujet n'est pas vraiment original, la lutte du Bien contre le Mal où les valeurs de l'innocence, l'amitié, l'entraide s'opposent aux complots, traîtrises et autres malveillances. Le début n'est pas sans rappeler "Les enfants de Timpelbach", eux-aussi, abandonnés par leurs parents mais pour d'autres raisons. Malgré tout, la comparaison s'arrête là. Nos sympathiques héros vont devoir grandir vite pour faire face à leur nouvelle situation sans protection. Le bestiaire, imaginé par l'auteur est absolument hallucinant, sorti d'un univers cauchemardesque.

 Certains qualifient cette série de littérature pour la jeunesse. Bien que je ne sois pas une adepte et donc une grande connaisseuse de cette catégorie, mon avis est différent. Certes les héros sont des adolescents avec leur manque de maturité mais je ne pense pas que les situations angoissantes et terrorisantes peuplées d'êtres fantastiques que l'auteur leur fait vivre soient à mettre entre toutes les mains....Des araignées géantes capturant les vivants pour se délecter de l'intérieur de leur corps, des poissons hideux entraînant dans les grands fonds tous ceux qui s'aventurent dans l'eau, des monstres aux mains squelettiques gigantesques, ...etc

 Toutefois, certaines situations sont trop répétitives à mon goût et d'autres manquent de cohérence. Le monde de la Fantasy n'est pas le mien mais, même si je ne lirai pas le reste de la saga, je me pose la même question à chaque fois que je lis du Chattam: mais où va-t-il chercher toutes ses idées, plus tordues les unes que les autres? C'est sans doute le talent!