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Catégorie 24, coup de coeur de quelqu'un de plus jeune: "Le quatrième mur" de Sorj Chalandon

Le quatrième mur

Samuel Akounis, metteur en scène grec, débarque sur le sol français après avoir fuit son pays sous la dictature des colonels. Il côtoie les étudiants de la Sorbonne. C'est ainsi qu'il se lie d'amitié avec Georges, anarchiste forcené et Aurore. Dans un climat sous tension révolutionnaire, Sam défend ses convictions avec calme et tente d'expliquer que la violence ne résout rien.

Peu à peu, Georges découvre qui est Sam, sa famille disparue dans les camps de concentration, sa lutte contre la barbarie, son amour du théâtre et particulièrement le symbole que représente Antigone. Samuel, atteint par un mal incurable, délègue Georges pour réaliser son rêve, son utopie: pendant deux heures de trêve, faire jouer la pièce d'Anouilh par des "combattants" de camps opposés dans les ruines de Beyrouth. C'est ainsi que le français se retrouve au Liban, l'année des massacres de Sabra et Chatila pour rencontrer les acteurs contactés par téléphone et confirmer leur participation sur place en visitant, non sans violence, chaque camp, druzes, chrétiens, palestiniens, chiites, sunnites, maronites.... Coûte que coûte, Georges veut accomplir la promesse faite à son ami mourant, jusqu'à subir des violences, en oublier sa famille et se perdre lui-même.

 

Sorj Chalandon est un journaliste et un écrivain français. Il a été grand reporter et a vécu avec les combattants de différentes guerres fratricides, l'Irlande, l'Iran et le Moyen Orient. Sous la plume de l'auteur on revit le Liban en 1982. Plus les pages se tournent et plus le récit devient puissant, vibrant de colère et de violence. On y lit la rage, le désespoir, l'impuissance. La haine est partout et atteint le lecteur à tous les coups. 

Au coeur du conflit israéolo-palestinien, un metteur en scène juif veut monter Antigone. Anouilh a repris la pièce de Sophocle et l'a replacée de façon contemporaine en 1944. Son héroïne représente la justice , la résistance, la défense des idéaux et le dépassement de soi. Quelle folie de présenter une pièce de théâtre face à la guerre, de demander à un acteur chrétien de condamner à mort une actrice palestinienne mais n'y a t-il pas plus grande folie que de vouloir s'entretuer pour une différence de pensée?

C'est un livre fort, terrible, où la violence étouffe la tendresse. A chacun son rythme, on peut le lire, d'une seule traite ou avec des pauses pour reprendre son souffle après des scènes douloureusement tragiques. Mais, à chaque page, Antigone est là et pleure sur la folie des hommes. Sorj Chalandon nous donne un texte que nous ne pouvons oublier. Peut-on sortir indemne d'un tel électrochoc?

 

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Catégorie 33, écrivain femme: "Le confident" de Hélène Grémillon

Le confident

Camille une éditrice de 30 ans, vient d'enterrer sa mère. Parmi le courrier abondant de condoléances, elle repère une lettre épaisse d'un certain Louis adressée à Annie. Ces deux prénoms étant étrangers à son cercle de connaissance, elle suppose qu'il s'agit d'une erreur de destinataire. Mais, chaque semaine, une lettre de même format lui arrive mettant en scène quatre personnages: Louis, Annie, Elizabeth et Paul. Après avoir éliminé la possibilité d'une ruse d'écrivain pour l'intéresser à un futur manuscrit, elle pressent qu'elle est intimement liée à ce quatuor dont Louis lui livre, peu à peu, les secrets sans les dévoiler tout à fait. Elle attend, impatiemment, la suite de l'histoire sur fond de deuxième guerre mondiale tout en recherchant l'auteur des lettres avec l'espoir de le rencontrer pour s'entretenir avec lui.

Mon avis: Je ne peux pas dévoiler beaucoup plus de ce roman intimiste sans déflorer le sujet pour ceux qui voudraient connaître ce récit. Avec Camille, nous attendons de nouvelles confidences à chaque lettre. Nous pensons cerner les protagonistes, les comprendre, les plaindre ou les détester mais il y a tellement de non-dits, de duperies qu'à chaque fois, une nouvelle révélation ébranlera nos convictions et nous éclairera la scène d'une lumière nouvelle. Même si certaines situations paraîssent un peu trop excessives pour être réelles, il n'en reste pas moins que l'auteure atteint son but et nous manipule avec doigté pour nous démontrer que personne n'est "tout blanc" ou "tout noir" mais que chaque être est constitué d'une multitude de gris.


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Catégorie 77, lecture qui se complète avec des liens internet: "Level 26" de Anthony E. Zuiker

Level 26

 Steve Dark s'est retiré de la police spéciale après qu'il est loupé l'arrestation du plus dangereux criminel connu de ses services et que celui-ci, en représailles, ait massacré toute sa famille. Le monstre Sqweegel semble avoir repris ses activités aussi, Tom Riggins est chargé de convaincre son collègue de revenir sur l'enquête. Les suppliciés s'enchaînent et semblent répondre à une comptine que le tueur a laissé en évidence sur le lieu d'un de ses meurtres. Sqweegel sait rester invisible, ce qui le rend d'autant plus dangereux. Il veut que Dark se lance à sa poursuite car il l'estime le plus brillant de ses ennemis. Pour le maintenir sur sa piste, il lui envoie des vidéos de ses crimes ou de ses victimes. Sur l'une d'elles, Sibby, la compagne du policier, enceinte de 8 mois. Aussitôt, la sentant en danger, Dark entre vraiment dans la danse macabre que le tueur lui invente pas à pas.

Mon avis: C'est une relecture. Ce livre m'avait attiré par sa conception originale, des vidéos à découvrir tout au long de l'histoire grâce à un code donné par l'auteur en fin de chapitre et la nature de l'écrivain lui-même. J'avais suivi quelques épisodes des Experts au début de la série télévisée qui m'avaient relativement satisfaite par leur conception nouvelle.

Je me souviens qu'à ma première lecture j'avais été mal à l'aise avec certaines vidéos. Cette fois-ci, je ne les ai pas toutes regardées, une fois suffit! De plus, je n'aime pas que les images m'orientent dans la personnalité et le physique des personnages alors que l'une des qualités de la lecture est qu'elle m'apporte la liberté de l'imaginaire. Mais ces images renforcent l'univers sombre et violent dans lequel se déroule l'intrigue. Même si on ne comprend pas les motivations du tueur, le niveau de stress va crescendo jusqu'à l'ultime victime. 

J'ai vu que d'autre tomes avaient été édités depuis celui-ci, je ne les lirai pas même si ce bouquin m'a apporté ma dose de frissons.