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Catégorie 45, steampunk: "L'étrange affaire de Spring Heeled Jack" de Mark Hodder

L'étrange affaire de SHJack

 En 1861, un grand explorateur, Sir Richard Burton, se débat pour prouver son honnêteté avec l'aide de son ami Algernon Charles Swinburne. Tous deux se trouvent confrontés à des créatures aussi étranges que féroces. Homme-animal-machine, il est difficile de savoir qu'elle en est l'origine réelle. 

 Pendant d'atroces affrontements dans les bas-fonds londoniens et dans la campagne environnante, un échassier monstrueux agresse de nombreuses jeunes filles. Chacun fait une description effroyable de Spring Heeled Jack qui, à l'aide de bonds surnaturels, échappe à ses poursuivants, en toutes circonstances. 

 L'enquête des deux hommes va les conduire à une découverte qui peut être fatale à toute l'humanité.

Mon avis:

Encore un domaine dans la littérature que je ne maîtrise pas du tout. Il fallait bien faire un choix si je voulais répondre à cette catégorie alors autant lire un volume dont les habitués du genre écrivaient des critiques dithyrambiques. 

Si j'ai suivi l'histoire sans trop de mal, les descriptions, bien trop longues, tronquent le récit en interrompant l'élan de la narration. Je le pressentais mais j'ai voulu tenter l'expérience. Je ne suis pas du genre à "hurler avec les loups". Pour pouvoir estimer ou critiquer un écrit ou un film rien de mieux que le lire ou le voir pour se faire une opinion personnelle. Maintenant je peux déclarer officiellement que je suis définitivement et intégralement perdue pour le genre. Je ne prends aucun plaisir au déroulement de l'action et dans ce bouquin, elle ne manque pas. Je comprends pourquoi les adeptes apprécient beaucoup mais je me suis tellement sentie étrangère dans ce milieu que donner mon avis serait inapproprié donc pour la première fois dans ce défi et par respect pour l'auteur, je vais m'abstenir.

 

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Catégorie 44, un roman graphique: "Le cabinet des curiosités" de Alexandra V.Bach et Hilda Alonso

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 Le Cabinet des Curiosités cahote sur les chemins, servant de refuge à tous les objets abîmés et délaissés par l'Homme. Yotika, la femme-araignée, est la gardienne de cet arche de Noé très spéciale mais, impuissante à protéger tous ceux qui sont venus s'abriter sous sa toile. Se rendant compte que son univers va basculer dans le néant, Yotika met toute son énergie à tisser une toile de l'espoir pour sauver ses compagnons de route. Malgré ses efforts, le destin destructeur est dévastateur et va la plonger dans une inertie, la faisant devenir spectatrice du désastre qu'elle avait mis tant d'énergie à éloigner. Elle assiste, épuisée, à la destruction de son monde.

Mon avis:

Avec cet album, j'ai posé un pied dans un univers magique et surprenant sans toujours le comprendre. Cette ballade gothique et onirique ne m'a pas toujours été facile à décrypter, étant sans doute trop formatée à la logique. Les photos de Alexandra V.Bach, illustrant la plume de Hilda Alonso, sont d'une beauté évanescente même si j'ai regretté, un peu, qu'il n'y ait pas quelques dessins de temps en temps. Quant au récit, il est servi par une écriture riche, élégante, lyrique. Si la mise en page est surprenante avec des marges quasi inexistantes et une typographie blanche sur fonds sombres souvent illustrés, l'ensemble permet de pénétrer rapidement dans une atmosphère envoûtante.

La fin surprenante invite à relire certains passages pour un nouvel éclairage. D'une manière générale, je pense qu'un roman graphique de cette qualité que je qualifierai de Artbook se doit d'être lu et relu, telle une partition de musique, afin de s'imprégner de chaque note qui la compose. C'est une découverte avec un dépaysement total qui fait prendre conscience de la diversité des talents qui s'offre à nous et à coté de laquelle nous pouvons passer sans sourciller. Pour ceux qui aiment l'étrange, la poésie, le steampunk (et oui, je ne l'aurai jamais cru avec ce que j'ai écris précédemment!), n'hésitez pas une seconde à vous lancer dans cette lecture.

 

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Catégorie 49, histoire d'une légende: "L'énigme de la bête du Gévaudan" de Lionel Camy

Bête du Gévaudan

 Tout le monde connaît, enfin je crois, l'histoire de la Bête du Gévaudan. Mais si..... cette horrible monstre mi loup géant mi loup-garou qui a décimé les populations rurales du territoire du Gévaudan dans les Cévennes au 19° siècle, à peu près la Lozère actuelle. Certains penseront que le recueil que j'ai choisi n'a pas sa place ici car la Bête n'est pas une légende, elle a vraiment existé, mais tout le décorum qui l'entoure a largement contribué à construire une véritable légende urbaine à son sujet. A ce titre, je trouve que son histoire mérite sa présence dans cette catégorie. D'autant qu'originaire d'une région très voisine, je suis très attachée à toutes les anecdotes plus terrifiantes les unes que les autres et que j'ai entendues  depuis mon enfance.

 Plutôt qu'un roman, j'ai choisi une "étude" sur le sujet. Lionel Camy est connu pour ses thrillers (Klimax, Passage vers l'enfer,...) où il ne cache pas son attirance pour la limite du paranormal. Mais ici, il reprend les différentes théories élaborées autour du phénomène, des plus farfelues au plus censées, dans une thèse très documentée mais surtout posée et cohérente. 

 Les attaques des paysans au fin fond du pays de Gévaudan, se succédant dans un rythme soutenu, sont devenues un véritable enjeu politique. Chaque responsable a voulu prendre part à la traque de la Bête pour devenir célèbre, avec la bénédiction du roi Louis XV. Encore aujourd'hui, plusieurs thèses s'affrontent et même si on peut raisonnablement penser que l'animal n'avait rien de surnaturel, ses motivations et l'existence des protagonistes susceptibles de la protéger n'ont pas réussi à être prouver.

 

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Catégorie 69, livre lu pour un autre défi: "Miniaturiste" de Jessie Burton

Miniaturiste

 1886. Une jeune femme de 17 ans, Petronella, débarque à Amsterdam pour retrouver son mari, Johannes Brandt, un riche marchand, qu'elle connaît à peine. Sa mère l'a convaincue d'accepter la demande de cet inconnu qui a été sensible à la musique de son luth. C'est une façon de fuir sa campagne et surtout un père alcoolique et violent, en s'assurant un avenir confortable au sein de la bourgeoisie amstellodamoise.

 Arrivée dans la maison cossue du Herengracht située dans le riche quartier de la Courbe d'Or, elle est très intimidée par les visages hautains et les regards froids qui la scrutent. Son mari est absent et Marin, sa nouvelle belle-soeur est une maîtresse de maison autoritaire et revêche. Nella comprend immédiatement qu'elle n'a pas l'intention de lui céder sa place.

 Quand enfin, son époux revient d'un voyage d'affaire, il refuse de partager sa couche. Pour qu'elle ne s'ennuie pas trop, il lui achète une maison de poupée en guise de cadeau de mariage. Un mystérieux miniaturiste envoie régulièrement des figurines et des petits objets à la jeune femme qui ne tarde pas à s'apercevoir qu'ils sont la réplique exacte des occupants de la maison et leur cadre de vie. Ceux-ci arrivent à un rythme soutenu et annoncent des évènements se produisant quelques jours plus tard. Intriguée par l'extrême finesse des miniatures et ce don divinatoire, Nella parcourt les rues d'Amsterdam à la recherche de l'artiste.

Mon avis:

Jessie Burton a découvert la maison de poupée de Petronella Oortman (1656-1716) au Rijksmuseum d'Amsterdam. Cette merveille d'ébénisterie a excité l'imagination de l'auteur jusqu'à lui donner l'idée de ce roman où se mêlent le commerce, l'ingénuité, le calvinisme, la cupidité, l'amitié, la piété, l'homosexualité.......etc, à partir de personnes ayant réellement existées.

Au XVII° siècle, Amsterdam est un haut lieu du commerce européen. La rigueur du protestantisme à l'origine du puritanisme baignant la vie de la société de l'époque coexiste avec un libéralisme sauvage et un amour de l'argent affiché. Ce roman nous plonge dans une ambiance envoûtante, des descriptions riches, des portraits impressionnants de justesse et une atmosphère un brin mystérieuse. La belle écriture de Jessie Burton nous offre une fabuleuse histoire pour ne pas bouder notre plaisir.

Ayant fait quelques recherches au sujet de l'héroïne du roman dont l'auteur a complètement inventé le destin, je ne peux résister au plaisir de partager avec vous cette extraordinaire maison de poupée, à l'origine du roman et qui orne sa première page.

Dolls’_house_of_Petronella_Oortman

 

 

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 Catégorie 59, livre avec un plan ou une carte: "Eternalis" de Raymond Khoury

Eternalis

 Ce récit se déroule à deux époques et en divers lieux de la planète.

 1750, le marquis de Montferrat se fait agresser dans son palais de Naples par Raimondo di Sangro et ses hommes. Ce dernier est bien décidé à lui faire avouer sa véritable identité et le but de ses recherches. Alors que son palais est dévoré par les flammes, le marquis parvient à s'enfuir dévoré par la vengeance.

 2006, Evelyn Bishop, une brillante archéologue, se fait enlever à Beyrouth, sous les yeux de sa fille Mia qui mettra tout en oeuvre pour la retrouver.

 Un même signe étrange plane sur ces deux événements, l'Ouroboros, un serpent qui se mord la queue. 

Mon avis:

Avec ce livre, Khoury retrouve un pays qui lui est cher, le Liban et accompagne le lecteur dans un bassin méditerranéen historique. C'est un roman d'aventures, mêlant action, science, politique, ésotérisme.....tous les ingrédients qui accrochent l'amateur amateur de ce genre de situation.....un soupçon d'Indiana Jones, une pincée de Da Vinci Code, un secret ésotérique lié à l'immortalité.....

Pour être franche, j'aime beaucoup ce style de littérature mais à petites doses. Les auteurs, en général très documentés, nous font part de leur recherches et leur ressenti ce qui permet de nous ouvrir à d'autres aspects du monde et de l'histoire. Khoury n'hésite pas à révéler son opinion sur la guerre du Liban et d'Irak par l'intermédiaire des mots placés dans la bouche de ses personnages. Le plan illustrant le récit remet en tête la géographie de cette région.

Le suspens est entretenu par des courses-poursuites, des enlèvements, des menaces...etc, dans un récit aux chapitres courts, naviguant entre les deux époques. 

Malgré tout, j'ai eu du mal à m'accrocher aux protagonistes de l'histoire. La méthode d'exploration d'un secret historique aurait-elle trop été utilisée? Les ingrédients éventés? La chute m'a parue bien décevante au regard du mystère entretenu tout au long de l'aventure. Mais, l'écriture est fluide et agréable aussi, bien que ce livre ne me laissera pas un souvenir inoubliable, il reste un sympathique moment de détente apportant quelques précisions non négligeables sur le contexte géopolitique de Moyen-Orient après la chute de Saddam Hussein.

 

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 Catégorie 79, nom de l'auteur en 5 lettres: "Belle du seigneur" de Albert Cohen

Belle du Seigneur

 

 Il serait prétentieux de résumer l'un des plus beaux "monuments" de la littérature du XX° siècle mais je vais pourtant essayer d'écrire quelques lignes......

 "Belle du seigneur" est l'histoire tragique de l'amour absolu donc inaccessible. Mais il serait réducteur de ne voir ce pavé de 845 pages que sous cet angle. La vision corrosive de l'auteur ne s'arrête pas à la relation amoureuse de Solal et d'Ariane, elle englobe la société de la bourgeoisie bien-pensante de l'entre-deux guerres. L'hypocrisie et la lâcheté de l'administration représentée par la Société des Nations qui, devant la montée du nazisme en Europe, est déjà gangrénée par l'antisémitisme alors qu'elle est censée maintenir la paix après le premier conflit mondial de 14-18.

 Mais revenons-en au huis-clos amoureux. Solal, grec et juif, sous-secrétaire général de la SDN a décidé de séduire Ariane, suisse et chrétienne, qui s'ennuie à mourir avec son paresseux mari, Adrien Deume, obscur employé de la même SDN. La conquête sera relativement aisée mais sauver l'Amour de l'usure et conserver intactes les émotions des premières rencontres relève de l'impossible. Pourtant, Solal se démène à inventer de nombreux artifices pour entretenir la "flamme" de la passion car il sait qu'elle doit se nourrir d'obstacles et de dangers. La naïveté d'Ariane est désarmante et ses longs monologues sans ponctuation révèlent une volonté de se noyer dans l'illusion du bonheur qui ne cessera de s'éroder avec le temps malgré tous les efforts des deux amants.

 Albert Cohen, dans son style si particulier, a réussi à décortiquer toutes les étapes de la passion amoureuse de la séduction jusqu'à la destruction finale avec un réalisme ahurissant mais aussi angoissant. La sagesse ne serait-elle pas d'accepter le quotidien pour entretenir un amour vrai et profond loin des artifices de l'Absolu?

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80 livres lus sur 80 prévus au défi, niveau Badass atteint

 

pile de livres

 

 

Le défi lecture 2017 auquel je m'étais engagée en début d'année est terminé. Je dois dire que j'ai essayé de faire de mon mieux pour illustrer toutes les catégories choisies et certaines m'ont donné beaucoup de mal, la plupart reléguées à la fin de la période par manque d'enthousiasme sans doute: SF, steampunk, l'époque victorienne...et quelques autres.

Je suis très amateur de thrillers et de récits à suspens en général. Si chaque catégorie ou presque peut être illustrée par un roman policier, j'ai profité de ce défi pour explorer d'autres styles de littérature et j'ai fait d'extraordinaires découvertes. Ma plus savoureuse et plus marquante a été la littérature japonaise qui, sans ce challenge, serait restée sur le rayon de mon libraire sans que j'ai l'idée d'effleurer un recueil.

A l'heure où j'écris ces lignes, je ne pense pas renouveler l'expérience, du moins pour 2018 mais j'hésite encore à me ré-inscrire sur le groupe dédié FB qui se révèle être une mine inestimable de conseils de lecture, positifs ou négatifs, grâce à tous les partages des participants. Par contre, je continuerai à vous confier mes diverses lectures pendant l'année à venir avec une petite chronique afin de vous donner envie...ou pas, de découvrir ou redécouvrir la plume de certains écrivains.

Maintenant, place au Défi Cinéma pour lequel je me suis engagée depuis septembre 2017 et dont je vais pouvoir m'occuper plus sérieusement mais je clôturerai ce cycle de défi comprenant tous les styles de littérature par quelques citations relevées çà et là au cours de lectures:

Tout d'abord un trait d'humour de François Caradec, écrivain et biographe, connu pour ses pastiches et mystifications en tous genres:" Il est intéressant d'aller de temps en temps habiter chez les autres: on y trouve toujours des livres qu'on n'a pas lus."

Ensuite Roland Barthes, philosophe et critique littéraire:"La littérature ne permet pas de marcher, elle permet de respirer".

Et enfin, ma préférée d'Antoine Dulac:"Lire un roman n'est pas se retirer du monde, c'est entrer dans la monde par une autre porte."