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Catégorie 74, un film relatant un fait historique: "Les heures sombres" (2017) de Joe Wright 

les heures sombres

avec Gary Oldman, Kristin Scott-Thomas ...

 Synopsis:

A 65 ans, Winston Churchill, homme politique très controversé, même au sein de son parti, est nommé en urgence le 10 mai 1940 au poste de Premier Ministre pour succéder à Neville Chamberlain démissionnaire.

Il est confronté aux heures les plus sombres de l'Histoire du Royaume-Uni pendant la 2° guerre mondiale avec les défaites successives des Alliés face à l'avancée nazie, 200 000 soldats piégés à Dunkerque et la demande insistante de ses conseillers pour négocier avec Hitler à laquelle il ne veut pas succomber. 

Grâce au soutien indéfectible de sa femme Clémentine, il trouvera la force de conduire son pays sur le chemin de la victoire envers et contre tous, même son souverain, le roi Georges VI. 

 Mon avis:

Quel plaisir de retrouver le talentueux Gary Oldman que j'avais découvert dans le rôle de flic déjanté de Léon aux cotés de Jean Reno et de Nathalie Portman enfant. Ici, il endosse la personnalité de l'illustre Churchill et il est pratiquement méconnaissable mais l'efficacité de son jeu fait mouche à chaque fois. Kristin Scott-Thomas incarne sa femme avec une classe toute britannique. Belle, sophistiquée et malgré tout naturelle, elle est la femme de l'ombre, la femme qui est toujours dans derrière le grand homme pour le rassurer et lui donner la force de continuer..

Si je connaissais le personnage historique par les livres d'histoire, les films d'époque et les différentes interventions télévisuelles retransmises, j'étais loin de m'imaginer la désapprobation ambiante et généralisée que Winston Churchill suscitait dans le monde politique, que ce soit dans l'opposition comme dans son parti lui-même. Même Georges VI, le père d'Elizabeth II, se méfiait de ce personnage haut en couleur qui ne mâchait pas ses mots et exprimait toujours son point de vue sans tergiverser. Son entourage familial comme politique composait avec son humeur, ses doutes et son humour.

J'ai beaucoup aimé "l'écriture" du film avec les divers hommes politiques qui se comportent au parlement comme sur une scène de théatre. Lorsque Churchill fait sont apparition, il est loin de représenter le monstre sacré qu'il va devenir. Plein de doutes, sans compromission, il n'hésite jamais à dire ce qu'il pense au risque de heurter toutes les convictions politiques de l'époque avec ses réflexions pleines d'humour. Petit à petit, le personnage prend de l'épaisseur sous nos yeux et malgré quelques hésitations et en opposition à toutes les pressions qu'on exerce sur lui, résiste jusqu'au bout à la tentation de négocier avec le "Tyran nazi"..."le peintre en bâtiment"! Pour son opération Dynamo, il met en place un dispositif très audacieux , jamais vu, pour sauver la plus grande partie de ses troupes vouées à une mort certaine. Malmené et critiqué par l'ensemble de la classe politique, il va puiser la force nécessaire dans la confiance que le peuple britannique lui accorde sans retenue pour mener à bien ses opérations risquées.

Les dates déchirant l'écran scandent le rythme de la projection et apportent une sensation d'urgence devant une situation dramatique en emportant le spectateur, sans ménagement, dans "Les heures sombres".

Finalement, je suis sortie de la salle de projection avec le sentiment d'avoir rencontrer un homme que je pensais connaître grâce à la remarquable cohérence de Joe Wright dans ce portrait d'une rigoureuse efficacité.

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Catégorie 122, un film étranger (autre qu'américain): "Joint Secutity Area" (2003) de Park Chan-Wook (sud-coréen)

Joint Security Area

avec Kim Myoeng-su, Song Kang-Ho, Yeong-ea Lee, Byung-Hun Lee, Shin Ha-Kyun ...

 Synopsis:

Sur la frontière entre la Corée du Nord et la Corée du Sud, deux postes se font face, sous la surveillance des Nations Unies. Deux militaires coréens du Nord sont retrouvés assassinés dans leur guérite. Le sergent Sophie E. Lang, métisse suisse coréenne, est chargée de mener l'enquête pour comprendre les raisons du drame.

 Mon avis:

Le réalisateur a choisi le genre thriller en exposant le déroulement d'une enquête policière mais que l'on ne s'y trompe pas, c'est un moyen détourné de parler du conflit qui oppose les deux parties d'un même pays. C'est une exceptionnelle histoire d'amitié entre quatre hommes des deux cotés de la frontière, empêtrés dans un conflit fratricide qui les dépasse. Les idées politiques du régime de leur pays respectifs les opposent, mais au fil du temps, ils se rendent comptent qu'ils ne sont pas foncièrement différents, jouant aux cartes, discutant de tout et de rien sauf de la guerre. Le charisme des acteurs et la pudeur de leur jeu dégagent des émotions subtiles qui rendent ce film profondément humain et poignant.

La projection est constellée de flash-back permettant au spectateur de comprendre la construction de cette amitié improbable et interdite avant l'enquêtrice. Les scènes sont criantes de vérité autant celles des moments de "trêve" que celles des fusillades meurtrières. Ce magnifique film est un hymne à la tolérance et un regard circonspect sur l'absurdité de la guerre en général. 

A plusieurs reprises, j'ai pensé au film de Christian Carrion en 2005, "Joyeux Noël" où, privés de leurs colis envoyés par leur famille, les Allemands, les Anglais et les Français ont "fraternisé" le temps de la nuit de Noël 1914 en mettant en commun leurs maigres rations alimentaires mais, à mon avis, Park Chan-Wook fait preuve d'une sensibilité beaucoup plus délicate ce qui procure un moment unique de réflexion et de générosité assez rares au cinéma. 

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 Catégorie 114, un acteur devenu réalisateur: "Tout le monde debout" (2018) de Franck Dubosc

Tout le monde debout 

avec Franck Dubosc, Alexandra Lamy, Elsa Zylberstein, Gérard Darmon ...

 Synopsis:

Un homme d'affaire en pleine réussite, Jocelyn, est un dragueur et menteur insatiable. Sur un quiproquo, une jolie jeune femme le prend pour un handicapé. Voulant séduire Julie, il ne la détrompe pas mais la situation va se compliquer quand elle lui présente Florence, son aînée en fauteuil roulant qui le trouble plus qu'il ne veut bien se l'avouer.

 Mon avis:

Je ne suis guère une admiratrice de Franck Dubosc en tant qu'acteur mais j'aime beaucoup les rôles qu'endosse régulièrement Alexandra Lamy tant au cinéma qu'au théâtre, définitivement débarrassée de celui de Chouchou de la TV. C'est une scéance de promotion du film effectuée par les deux acteurs qui m'a donné envie d'aller le voir.

Au début, le personnage de Jocelyn, campé par Franck Dubosc, diffère peu de ceux qu'il a l'habitude d'incarner, frimeur, hâbleur, aguicheur, séducteur, particulièrement aisé financièrement, cherchant à mettre toutes les jupes passant à sa portée dans son lit. Il est atteint d'une addiction particulière: le mensonge qui l'aide à séduire. Il va rencontrer deux femmes. La plus jeune reste assez indifférente aux tentatives d'approche de ce "vieux beau", tout comme sa soeur aînée enchaînée à son fauteuil roulant à la suite d'un accident. Rayonnante, intelligente et pleine d'humour, elle le déstabilise constamment, le laissant interdit.

Si cette comédie commençait assez mal, rapidement elle prend de l'épaisseur et devient plus subtile en faisant cohabiter les situations hilarantes et émouvantes. Les personnages secondaires servent particulièrement bien les principaux avec Gérard Darmon en ami intime, médecin proctologue essayant de raisonner Jocelyn sur l'absurdité de son imposture et Elsa Zilberstein, l'assistante complètement déjantée, registre dans lequel on n'a pas l'habitude de la voir évoluer.

Finalement, ce film n'est en aucun cas un film sur le handicap mais plutôt un scénario où le fauteuil roulant tient un rôle au même titre que les acteurs. Le résultat est tendre, drôle, émouvant, avec un Franck Dubosc beaucoup plus fin que le lourd personnage aux blagues éculées connu à l'écran (franchement ça fait du bien!) et une Alexandra Lamy lumineuse. C'est une énorme bouffée d'oxygène dans notre monde si étriqué et individualiste.

Ne boudant pas mon plaisir lors de la projection, j'en suis sortie en pensant que les plus handicapés de la vie étaient la plupart des personnes marchant sur leurs deux jambes au milieu de leurs certitudes et non celles qu'on essaie de stigmatiser en leur rendant la vie encore plus difficile...et le plus grave.... souvent sans s'en rendre compte!

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J'en terminerai là du défi cinéma auquel je m'étais inscrite. Je continuerai à poster certaines chroniques des films que je visionne, comme je le fais pour les livres mais les beaux jours arrivant, même si le soleil est encore capricieux, je ne vais plus être beaucoup à l'intérieur et surtout devant un écran...grand ou petit. D'ici, la date butée mi-septembre, je pense encore pouvoir partager quelques uns de mes avis avec vous mais je reprends mes envies de vagabonder dans divers domaines.....