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Coffret de cinq livrets

Editions Babel

 

 

 

 

 

Ce roman se déroule en cinq petits fascicules. Ils se dégustent tels des bonbons fourrés dévoilant leurs secrets au fur et à mesure de la fonte de leur enveloppe. Il faut les lire les uns après les autres, d'une seule traite et dans l'ordre voulu par l'auteur pour profiter pleinement du puzzle narratif de cette émouvante histoire, une histoire de famille à cinq voix. Un des personnages rencontrés au fil de l'histoire prend la parole et se dévoile dans le livret suivant.

Ceux qui me suivent, savent que j'apprécie particulièrement la littérature japonaise, fabuleuse découverte du Défi Lecture de l'an dernier. Étant néophyte en la matière, une amie m'a conseillé ce coffret. Je te remercie Odile, cette "série" est une petite merveille.

L'écriture est belle, simple et envoûtante. Elle nous aide à parcourir le Japon si mystérieux pour les Occidentaux avec ses coutumes et son fonctionnement sociétal. La trame historique est omniprésente en toile de fond des drames personnels mettant en scène la place des femmes, les enfants illégitimes, les mariages arrangés, les classes sociales...etc.

Les émotions les plus intenses et douloureuses sont toujours évoquées avec tact et douceur les rendant d'autant plus intenses. Les titres de chaque livret évoquent les éléments de la nature, allégories des personnages qui se débattent pour retrouver liberté et dignité.

 

 

L'auteur: 

Aki-Shimazaki

 

 

Aki Shimazaki est née au Japon en 1954. En 1981, elle émigre à Vancouver au Canada et après être passée par Toronto, elle se fixe à Montréal en 1991 où elle exerce son activité littéraire et donne des cours de japonais. A 40 ans, elle apprend le français. Ces livres sont traduits en plusieurs langues mais sachant très bien utiliser la langue de Molière, elle écrit directement en français ce qui évite les distorsions, quelques fois malheureuses, dues aux traducteurs, pour notre plus grand bonheur!.

 

 

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Tome 1: "Tsubaki" (Camélia) 115 pages

 

4° de couverture:

Dans une lettre laissée à sa fille après sa mort, Yukiko raconte le quotidien d'une adolescente pendant la Seconde Guerre mondiale, son déménagement à Nagasaki avec ses parents, le travail à l'usine, les amitiés les amours naissantes avec son voisin. En révélant peu à peu une trame familiale nouée par les mensonges de son père, elle confesse les motifs qui l'ont poussée à commettre une meurtre, quelques heures avant que la bombe atomique tombe sur la ville.

 

 

 

Mon avis: 

Quelle formidable découverte que cette plume légère, épurée qui révèle tant de sentiments en si peu de mots....la cruauté, la découverte de l'amour, la duplicité, la confiance, l'horreur de la bombe atomique, la douceur du vent dans les forêts de bambous et le rouge des camélias..... A sa façon, l'auteur rappelle que personne n'échappe à son destin et crée une émotion permanente chez le lecteur.

 

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Tome 2: "Hamaguri" (Palourde japonaise) 114pages

 

4° de couverture:

De naissance illégitime, Yukio est un enfant puis un adolescent solitaire. A Nagasaki, il partage sa vie avec sa mère et le mari de celle-ci. Pendant la guerre, il trouve un peu de quiétude dans la forêt de bambous avec sa seule amie, sa voisine Yukiko, dont il est devenu amoureux et à qui il confie son désir de revoir sa demi-soeur. Ce n'est que des années après avoir perdu la trace de ce premier amour et sans jamais avoir retrouvé sa soeur qu'il pourra enfin attacher les fils du souvenir à ceux de la vérité.

 

 

 

Mon avis:

Ce nouvel opus retrace la vie de Yukio, le voisin de Yukiko. Il a un caractère très différent de son amie, combattante et révoltée, en étant confiant, consciencieux, fidèle voire complaisant. Avec lui, l'auteur nous donne une vision différente des mêmes évènements avec son style inimitable, d'une limpidité absolue. 

Quand la vérité est masquée par les non-dits, dictés le plus souvent par la lâcheté, elle résonne comme une bombe atomique quand elle éclate, en faisant des dégâts encore plus importants car il ne s'agit plus de corps mais ce sont les âmes qui sont blessées.

 

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Tome 3: "Tsubame" (Hirondelle) 116 pages

 

4° de couverture:

Lors du tremblement de terre de 1923, les japonais profitent de la confusion pour exterminer les ressortissants coréens. Enfant illégitime, Yonhi n'a que douze ans à l'époque et se voit confiée à un prêtre, à l'abri de la tourmente. Sa mère ne reviendra jamais, pas plus que son oncle, et la petite devra désormais porter le nom japonais, Mariko. Coupée de son histoire familiale, l'ayant toute sa vie cachée à son propre fils, à ses petits enfants et même à son défunt mari, elle en élucide un élément fondamental, l'identité de son père, en rencontrant une dame qui traduit pour elle le journal laissé par sa mère.

 

 

Mon avis: 

Dans ce nouveau tome, le personnage principal est Yonhi, devenue Mariko, la mère de Yukio. Elle se défait de son habit d'épouse infidèle pour endosser celui de l'enfant abandonnée en souffrance en quête de ses racines. Elle devient beaucoup plus sympathique. Ici, l'auteur explore différents thèmes dont la religion, l'abandon et la perte de son identité. Dans l'esprit du japonais de l'époque, le coréen est inférieur et doit être traité comme tel. Ce thème de "race supérieure" ne peut que réveiller des souvenirs douloureux dans l'esprit européen.

Ce superbe épisode appuie avec douceur mais fermeté sur les plaies de l'histoire japonaise qui ne sont pas sans résonance avec celles des européens avec le nazisme antisémite et les migrants d'aujourdhui fuyant leur pays en guerre. Le ton de l'auteur est juste, émouvant mais jamais larmoyant.

 

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Tome 4: "Wasurenagusa" (Myosotis) 123 pages

 

 

4° de couverture:

Infertile, Kenji Takahashi n'a pu perpétuer la lignée de sa noble ascendance. Après un premier mariage pourri par les convenances, il a tourné le dos à son héritage, à ses parents, et a choisi malgré eux d'épouser Mariko et d'adopter son fils naturel. Entouré de sa famille, il est maintenant un vieil homme heureux, mais affaibli par les travaux forcés en Sibérie. Or, le hasard et les conversations avec son partenaire d'échecs le ramène à des souvenirs liés à ses choix. Il pense surtout à Sono, sa nurse, et c'est en visitant un temple pour y voir la tombe de celle-ci qu'il découvre une autre part de vérité sur ses origines.

 

Mon avis:

Ce livret aborde les codes rigides de la haute société japonaise où aucune mésalliance n'est tolérée pour que la lignée perdure, il faut préserver l'hérédité de toute origine douteuse, et où la stérilité masculine n'existe pas. S'il y a un problème c'est forcément à cause de l'épouse. La plume de l'auteur nous ouvre les secrets les plus intimes d'un autre membre de cette famille. Sous un titre choisi avec soin, porteur de symbole, le myosotis voulant dire "Ne m'oublie pas", Aki Shimazaki aborde le sujet de la stérilité, de l'adoption et des enfants dits naturels avec charme et poésie. Si cet épisode contient moins d'émotions que les précédents, il n'en est pas moins témoin d'un véritable coup de foudre qui va bouleverser la vie des protagonistes en faisant fi de toutes conventions sociales.

 

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Tome 5: "Hotaru" (Luciole) 132 pages

 

 

4° de couverture:

Tsubaki est très attachée à sa grand-mère, Mariko Takahashi, dont les jours sont désormais comptés. Alors que la jeune femme se sent prête à succomber aux lueurs du désir, la vieille dame lui fait des révélations troublantes sur sa propre innocence abusée. L'étudiante apprend alors le lourd secret dont jamais encore sa grand-mère n'avait parlé, pas même à son défunt mari, non plus qu'à son fils, le père de Tsubaki

 

 

 

 

Mon avis:

Si cette histoire ressemble un peu à Tsubame, il ne concerne pas les mêmes personnes mais certains destins ont l'air de se répéter. Cet épisode revient à l'époque contemporaine et dans un style toujours parfaitement maîtrisé, il boucle le cercle des destins de cette famille nippone et assure la passation des secrets vers la dernière génération que représente Tsubaki.

Ici l'auteur aborde les divers niveaux donnés à des secrets. On ne dévoile pas la même chose à des personnes différentes. La confiance est plus grande auprès d'un parent de même sexe, surtout s'il vit la même chose que soi. Mais l'expérience des Uns sert-elle de repère aux Autres? Aki Shimazaki termine la série en brossant avec finesse et sensibilité la mentalité japonaise.

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C'est avec un peu de regret que j'ai refermé la dernière page de Horatu. L'écriture délicate et lumineuse de Aki Shimazaki y est pour beaucoup. Après avoir planté le décor dés le premier volume, on croit que tout est dit, mais une autre voix se superpose à la première pour donner une version différente et ainsi pendant toute la pentalogie. On s'attache plus intimement à chaque personnage de cette histoire familiale par ses chagrins et ses blessures au rythme de ses mensonges et de ses révélations. Tous les termes japonais utilisés dans le texte servent divinement le récit et plongent les occidentaux que nous sommes dans l'atmosphère nippone. Pas de panique, un lexique est disponible à la fin de chaque tome.

Je vais laisser s'écouler quelques semaines pour savourer pleinement l'empreinte que m'a laissée la plume de Aki Shimazaki dans le coeur et je ne manquerai pas de me plonger dans son autre "série": Au coeur de Yamoto, dont je vous parlerai certainement.