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 Editions Fayard

 Collection Des Vies

 230 pages

 

 

 

 

 

 

 

 L'auteur: 

colette fellous

 Ses études secondaires terminées à Tunis, Colette Fellous, suit des études de lettres modernes à La Sorbonne à Paris. Elle a été productrice de radio sur France Culture mais elle est surtout écrivain, auteur de nombreux romans pour lesquels elle puise dans ses souvenirs d'enfance de d'adolescence et où elle entrecroise son passé tunisien avec sa vie française.

 

4° de couverture:

 "Le coeur de Camille abrite les battements d'une valse, on l'entend de loin son coeur, on le voit franchir un siècle, traverser les années, les guerres et les saisons, puis il s'approche de nous et s'invite dans ces pages: on dirait qu'elle a quelque chose encore à nous dire, qu'elle n'a jamais su dire, qu'elle n'a jamais pu dire, ou alors ses mots ont été perdus, déchirés, brûlés, on ne sait pas, ceux qui restent ne suffisent pas, sa vie est toute trouée. Valse noire, de terre, de plâtre, de marbre, d'onyx ou de bronze, démarche trébuchante, valse brillante, valse folle, qui continue à faire entendre ses pas, ses tremblements, son pouls, sa grande énigme. Ce livre, je l'écris pour elle."

 Pour bâtir ce voyage vers Camille Claudel, Colette Fellous a multiplié les recherches, accédé aux archives, observé sans répit ses oeuvres, convoqué les heures claires et les jours noirs. Un livre choral qui donne un nouvel éclairage au "cas Camille".

 

Mon avis:

 Je ne vais pas recopier la petite chronique, écrite lors du Défi Lecture de l'an dernier, sur livre "Une Femme" de Anne Delbée. Mon admiration pour cette femme artiste, bien en avance sur son temps, n'a pas changé et m'amène à lire tout ce qui a été écrit sur sa vie et son art. Lorsque j'ai appris la parution de ce livre, me plonger entre ses pages était une évidence. 

 L'auteur permet au lecteur de côtoyer Camille Claudel comme si elle faisait partie de son environnement proche. Cette approche est totalement nouvelle et émouvante. Elle m'a d'autant plus touchée qu'elle est similaire à la mienne lors de visites de sites historiques ou biographiques. J'essaie sans cesse à replacer les personnes ayant vécues sur les lieux...... dans le contexte et l'époque de l'endroit où je me trouve. Ici, le pari est totalement réussi, par un travail colossal de recherche concernant toutes les informations étant parvenues jusqu'à nous grâce aux archives conservées: la correspondance, les oeuvres, les critiques, les journaux, les dossiers médicaux...etc.

 Le contexte familial était déjà compliqué avec une mère autoritaire et revêche, elle-même traumatisée par la mort de son fils ainé âgé de 15 jours. Naturellement, Camille n'a pas pu le remplacer. En a-t-elle développé une rancune contre sa fille?  Sa mère est décédée alors qu'elle n'avait que 3 ans. Elle a donc vécu toute son enfance sans amour maternel. Elle a également dû affronter le suicide de son frère Paul à 20 ans, oncle de l'écrivain, des suites de sa désespérance endossant la responsabilité de la mort de sa mère à sa naissance. Ces diverses circonstances sont des explications mais en aucun cas des excuses pour avoir méprisé (haï?) sa fille au point de l'enfermer et l'isoler sans aucun contact.

 Comment oublier le comportement de Paul, le frère de Camille, son protégé, qu'elle a aidé, soutenu, encouragé par tous les moyens et qui l'a abandonnée à son sort, à sa folie? On peut supposer que sa mère a fait pression sur lui pour qu'il signe conjointement les documents d'internement mais, alors qu'il était le seul autorisé à aller voir sa soeur, comment expliquer qu'en trente ans de réclusion, Paul n'ait vu Camille que sept fois? Sa charge d'ambassadeur l'a conduit de pays en pays toujours plus éloignés mais il revenait en France de temps à autre. Avait-il oublié l'amour fusionnel qu'il partageait avec sa soeur? Devenait-elle encombrante pour son image, sa célébrité? Lui, qui a trouvé la foi au cours de sa vie d'adulte, avait-il bien compris l'enseignement religieux sur l'Amour de son prochain?

 Colette Fellous ne prend pas parti. Elle essaye d'expliquer le comportement de cette mère distante et de ce frère indifférent. Elle est plus généreuse que je ne peux l'être. Malgré tout, je suis consciente de la vie tumultueuse, hors norme et en dehors de la bienséance de l'époque de ce génie de la sculpture. Il est vrai que nous ne voyons qu'un seul coté du miroir ce qui n'enlève rien au bouleversant destin tragique de Camille Claudel.

 L'étude des dossiers médicaux est présentée par des choix précis et épurés. Notamment le cas "Aimée" sur lequel s'est appuyé Jacques Lacan pour présenter sa thèse sur la paranoïa en 1932. Le psychanalyste n'a jamais rencontré Camille, comment aurait-il pu puisque tout le monde la croyait morte dès 1920?

 En refermant la dernière page de ce livre, j'ai éprouvé une multitude de sentiments complexes. L'admiration toujours intacte pour ce petit bout de femme impétueuse, passionnée, débordante de créativité dans tout ce qu'elle entreprenait. La colère envers cette mère froide et ce frère si distant l'ayant abandonnée, emmurée vivante dans sa maladie, permettant à ses failles et sa fragilité de la noyer totalement. L'émotion provoquée par la détresse de ce génie de la sculpture laissée exsangue par la fin de son amour fou pour son maître Rodin. La stupéfaction due à l'insoutenable isolement créé autour d'elle après son internement pendant lequel elle ne cessera d'espérer, de supplier voir quelqu'un. Il durera TRENTE ANS et s'achèvera en 1943, dans la faim et le froid comme pour de nombreux pensionnaires des asiles français lors de la seconde guerre mondiale!

 Merci Madame Fellous d'avoir ouvert une nouvelle fenêtre sur la vie de Camille Claudel. Cette fascinante artiste aurait pu être totalement oubliée sans la volonté de quelques admirateurs, dont Auguste Rodin, le plus fervent. Il a souhaité préserver certaines des oeuvres de son ancienne élève-muse-amante, sauvées de la destruction et parvenues jusqu'à nous. Nous pouvons les admirer dans une salle dédiée à Camille Claudel au musée Rodin à Paris.

 Il y a beaucoup de vidéos disponibles sur le Net. Je me permets de vous proposer "Quelqu'un qui a reçu beaucoup", magnifique vidéo de Jean-Pierre Beillard où apparaissent la plupart des sculptures évoquées tout au long du récit. Je compléterai le titre par: ".... et à qui on a tout volé, même sa vie!"