les invisibles

 

 

 

 

Film de Louis-Julien Petit (2019)

 

Avec Audrey Lamy, Corinne Masiero, Noémie Lvovsky ... 

 

 

 

 

 

 

Synopsis:

Suite à une décision municipale, l’Envol, centre d’accueil de jour pour femmes SDF, va fermer. Il ne reste plus que trois mois aux travailleuses sociales pour réinsérer coûte que coûte les femmes dont elles s’occupent : falsifications, pistons, mensonges… Désormais, tout est permis !

Mon avis:

 Enfin un sujet quasiment jamais abordé et mis sur grand écran traité avec pudeur et justesse. Il parle à toutes les couches de notre société. La plupart des personnes de ma connaissance ayant visionné ce film sont enchantées de leur séance de cinéma. Au risque de choquer certains, j'ai un sentiment beaucoup plus nuancé bien que ma balance penche largement du coté positif.

 Réaliser un long métrage sur les Sans-Abris, de plus féminins, avec comme principales interprètes elles-mêmes est un pari plus que risqué et, à mon avis, il est gagné haut la main. La spontanéité de ses femmes qui vivent l'horreur et le déni au quotidien est tellement naturelle qu'elle confère une ambiance bon-enfant des plus sympathiques. Leurs noms d'emprunt fantaisistes déclenchent des rires sans moquerie car elles les ont choisis selon des critères bien à elles: Dalida, Edith Piaf, Amel Bent, Beyoncé, Brigitte Macron, Lady Di.... Ils reflètent déjà la négation de leur réelle identité. Leur dialogue, souvent empreint de sagesse, offre des bouffées de bonne humeur et de détente. Les formations de chacune d'entre elles, mentionnées sur leur CV sont des plus savoureuses bien qu'ayant un rapport évident avec leur vie d'Avant. Si une comptable envisage de reprendre son ancien métier, une professionnelle d'un club sado-maso devient une experte en communication!

 Les actrices confirmées servent à merveille le sujet et n'occultent en aucune façon les actrices d'un jour. Audrey Lamy est convaincante et très touchante dans son rôle d'assistante sociale vulnérable voulant aider de toutes ses forces ses femmes en perdition quelqu'en soit le prix à payer. Son personnage, lui-même mal dans sa peau malgré, ou peut-être à cause de son activité, entre en résonance avec toutes ses femmes en difficulté . La désillusion de ne pouvoir aider Julie, la plus jeune des SDF aux rares apparitions au centre, est une de ses déceptions majeures, ce qui va la faire vaciller et réfléchir sur l'efficacité de son travail.

 Le personnage de Manu, incarné par Corinne Masiero ayant elle-même connue la dure réalité de la Rue, m'a semblé être trop en retrait de la vie du centre de jour qu'elle dirige. Même si les angoisses qu'elle ressent au sujet du devenir de toutes ses "protégées" sont tangibles et ressenties par le spectateur, je la trouve un peu trop à l'écart. J'aurais aimé voir une présence plus affirmée, à la hauteur de son talent.

 J'ai redécouvert avec plaisir Noémie Lvovsky. Incarnant souvent des rôles secondaires quant elle délaisse sa caméra de réalisatrice, elle est des plus justes dans son rôle de petite bourgeoise laissant sa famille à son incompréhension pour se consacrer aux démunies. Toujours à l'écoute, jamais emportée ni excessive, elle apprend et devient une épaule solide sur laquelle tout le monde peut compter.

 Un des points forts de ce film est de mettre en évidence l'absurdité des lois rigides pour une prise en charge efficace des SDF. La destruction d'un campement sauvage est d'une violence inouïe bien qu'effectuée dans un calme relatif. On ressent intensément la complexité de l'antagonisme de l'équation: Loi / Humain. L'assistante sociale Béatrice, relais entre les pouvoirs publics et le centre, en est une illustration parfaite, sans cesse confrontée à ce déchirement, faire respecter la loi et la précarité des femmes qui dépendent des décisions prises.

 En résumé, même si ce film m'a laissé une impression en demi-teinte, il est à voir absolument car il raconte la quête de la dignité. Tout d'abord pour le sujet très rarement abordé surtout sur le ton de la comédie avec des femmes guerrières qui veulent changer leur destin puisqu'en réalité, elles sont toutes en réinsertion. Ensuite parce qu'il informe sans donner de leçon, chose devenue assez rare de nos jours. Puis parce qu'il rappelle que personne n'est à l'abri d'accident de la vie pouvant très rapidement déboucher sur la précarité. Et enfin parce que rire est ce qui donne un sens à la Vie quelque soit le statut social.