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 Editions Pocket

 536 pages

 

 

 

 

 

L'auteur:

Marie Laberge

 

 

 voir chronique sur la trilogie "Le goût du bonheur"

 

 

 

 

 

 4° de couverture:

Ceux qui restent sont ceux que Sylvain a laissés quand il s'est donné la mort.

Ce fut un geste soudain et, comme on dit, personne ne l'avait vu venir. Certains se le reprochent. D'autres lui parlent encore. Tous sont marqués à jamais, au fer rouge de son absence. Son père, auquel le silence des arbres a offert un refuge. Sa femme et son fils élevé dans le mensonge d'un amour étouffant. Sa maîtresse, qui a trop de feu en elle, trop de chair, trop de tout, pour laisser la mort avoir le dernier mot. Et assez de lumière pour guider ceux qui veulent vers la seule issue du deuil: la vie.

 Mon avis:

Dans ce roman, Marie Laberge a laissé de coté le romantisme pour s'attaquer à un sujet très délicat: comment vivre après le suicide d'un proche? 

Divers personnages récurrents prennent la parole chacun leur tour dans ce livre chorale pour confier leur désarroi. Certains dans la colère, d'autres dans la stupéfaction mais toujours avec la plus grande sincérité. Ces récits entrecroisés donnent de la vie à ce roman intimiste sans aucun voyeurisme mais d'une humanité bouleversante. Charlène, la maîtresse passionnée, ne s'embarrasse pas de métaphores et utilise un langage vulgaire pour nommer les choses avec des locutions typiquement québécoises. Mélanie-Lyne, l'épouse docile, veut protéger contre vents et marées Stéphane, son petit garçon de 5 ans en l'entourant d'un amour étouffant et toxique. Vincent, le père refuse de s'effondrer et cherche des raisons au passage à l'acte de son fils. Muguette, la mère laisse le conteur s'exprimer à sa place comme si la perte de son fils lui avait enlevé tout intérêt à la vie. Chacun revit des flash-backs dans la culpabilité de n'avoir rien vu venir, invoque des raisons du suicide de leur amant, leur mari ou leur fils, se pose d'innombrables questions auxquelles il n'y aura jamais aucune réponse. C'est la torture la plus insidieuse, plus les personnages essayent d'avoir un semblant de lumière, plus les ténèbres se sont profondes. 

Ce sujet douloureux aurait pu donner naissance à un livre lourd et pesant mais Marie Laberge lui a donné une dimension toute particulière. C'est une histoire simple en apparence où les protagonistes viennent exprimer leur forte personnalité et découvrir leur véritable nature face au tsunami affectif que représente le suicide d'un proche, débordant de jeunesse et de santé. Pas de larmoiement ni de plaintes dans ce texte. Beaucoup d'angoisses, certes, mais avec une vitalité, une bienveillance, une luminosité qui permettent d'appréhender la situation presque avec sérénité. 

Si au départ, Charlène m'a dérangée par son langage trop cru, je reconnais que sa générosité et son bon sens malgré son manque d'éducation, a rapidement fait fondre mes réticences et c'est avec beaucoup de plaisir que j'allais à sa rencontre. Mélanie-Lyne m'a beaucoup plus été insupportable, étranglée dans le carcan de l'image qu'elle veut se donner. La maltraitance psychologique et le manque d'amour de sa mère éclaire son attitude malsaine vis à vis de son fils et, bien qu'agaçante, il est difficile d'en vouloir à cette femme brisée. Vincent, la référence solide de la famille, brise le coeur par son chagrin contenu et la logique dont il fait preuve pour expliquer le geste de son fils, seule solution à ses yeux pour accepter de lui survivre. 

Chaque personnage évoque, à sa façon, son chagrin, sa culpabilité, son remord et sa difficulté d'apprendre à vivre avec l'absence:

Parfois, j'ai l'impression qu'un sabre puissant a fendu mon corps en deux. Chaque partie palpite mais aucune n'est vraiment vivante."

Il ne s'est pas tué pour dire:" Vous avez fait une erreur". Il s'est tué parce qu'il a oublié qu'on existait.....ça pèse pas lourd l'amour."

La souffrance court toujours plus vite que nous. Elle nous rattrape. Et comme le loup dans les contes, elle nous dévore."

Ce livre est fort parce qu'il traite d'un évènement douloureux en nous renvoyant vers une introspection naturelle. Face à une situation aussi injuste, le kaléidoscope des émotions bouscule, la sidération, le mensonge, la distance, le faire-face, les sentiments ambigus, l'amour, l'amitié, la résignation ... Difficile de rester rationnel devant une conjoncture qui ne l'est pas.

L'empathie de Marie Laberge distille une énergie bienfaisante et donne naissance à un roman humaniste et réconfortant. Sous une allure parfois légère, ce petit livre magnifique propose une réflexion sur le deuil et l'adieu mais aussi l'apaisement, seule issue possible pour continuer à vivre.

 

NB: L'auteur n'a pas jugé utile d'ajouter un lexique des expressions québécoises utilisées dans le texte car, rapidement, le lecteur s'habitue aux tournures employées. Malgré tout, vous trouverez ici un lexique pouvant vous aider à la compréhension du texte.