4 - Les Motoschats en road trip sur la Côte Ouest des USA. De Needles à Tusayan
L'étape d'aujourd'hui nous permet de chevaucher sur la célèbre route 66 si passionnante pour les fans de Harley-Davidson et tous les motards en général. L'ambiance y est très particulière même si la plupart des sites sont, aujourd'hui consacrés au tourisme. Il ne faut pas faire un gros effort de réflexion pour s'imaginer 100 ans en arrière et s'imprégner des émotions ressenties par les populations d'alors cherchant un bout de terre pour stopper leur chariot et s'établir définitivement.
Nous quittons la Californie ...
...pour nous enfoncer dans l'Arizona.
Les panoramas se suivent et ne se ressemblent pas, bien que toujours aussi immenses. Certains motards, fatigués ou perdus dans leurs pensées ne sont plus très concentrés sur la route et nous avons bien failli en faire les frais. Heureusement, à vitesse réduite, tout c'est passé en douceur sinon, c'était la dégringolade dans le ravin tout proche. Peut-être que notre présence a provoqué l'arrêt du motard allemand qui tirait tout droit sans sourciller, qui sait?
En pleine traversée des Black Mountains, sur le chemin emprunté par les premiers colons, notre première halte s'effectue dans l'ancienne citée minière de Oatman entièrement vouée au tourisme. Pourtant, il se dégage un parfum indéniable de western.
Ce village existe depuis 1850 environ. Il a connu sa plus forte expansion au cours de la ruée vers l'or avec plus de 10 000 habitants après la découverte du précieux minerai sur le site. Au début du XX° siècle, les prospecteurs ont largement utilisé les ânes pour les aider dans le transport des marchandises. Ces bêtes de somme ayant migré sur le sol américain avec les premiers colons espagnols ont gardé le nom de "Wild Burros". Quand les filons se sont taris précipitant la fermeture des mines, les animaux se sont retrouvés livrés à eux-même sur place.
Aujourd'hui, ce sont leurs descendants qui déambulent nonchalamment dans les rues de la cité, entrant et sortant des magasins à leur guise au grand dam des commerçants. Très imprégnés de la présence humaine, ils ne sont pas craintifs sans être domestiqués. Ils n'hésitent pas à s'adonner au cabotinage le temps d'une photo et de réclamer carottes et caresses d'un délicat coup de tête. Ces troupeaux "sauvages" composés de mules et d'ânes, dont certains sont des cousins de nos ânes de Provence reconnaissables à leur robe grise ornée d'une raie cruciale sur l'échine, sont protégés par une loi fédérale de 1971.
Oatman a connu deux périodes difficiles. Vers 1920, un terrible incendie a ravagé la ville si facile à s'embraser puisque bâtie en bois mais elle renaquit de ses cendres pour devenir définitivement une ville fantôme comme de nombreuses autres dans les années 60, dès que la circulation s'est détournée de la Route 66 au profit de l'Interstate 40.
Les devantures des boutiques exclusivement réservées aux touristes avec leurs bimbeloteries, ice-creams et autres débits de boisson retracent pourtant l'histoire de la ville d'autrefois.
On y trouve la panoplie des échoppes rencontrées habituellement sur les écrans de cinéma:
le saloon
la bijouterie
le bureau de poste
l'épicerie-confiserie
l'échoppe du marchand ambulant
la prison
les outils du fossoyeurs jamais très loin!
Le musée regorge d'objets divers et variés pas toujours en bon état de fonctionnement mais qui ont le privilège de nous apporter le témoignage du siècle dernier...
divers éléments de sellerie,
des cadenas,
des morceaux de "pétoires",
des motos, motocyclettes, draisiennes...,
des trophées de toutes sortes,
des objets témoignages d'antan: fusils, lanternes, mallettes de médecin, gourdes...etc
On peut regretter que Main Street soit toujours encombrée de nombreux véhicules aussi volumineux que bruyants, ce qui casse un peu le charme de la perspective.
Mais les façades reconstituées facilitent la plongée dans le passé.
Les motos font également partie intégrante du paysage évidemment. D'ailleurs un petit plaisir pour les oreilles....des amateurs bien sûr... lors du "décollage" d'un groupe croisé pendant notre séjour , à deux ou trois pattes.
Nos riders, bien que moins nombreux, ne sont pas moins fiers de leur monture.
Au centre de Main Street trône un établissement d’architecture Spanish Colonial Revival, l'Oatman Hôtel fondé en 1902, autrefois appelé Durlin Hôtel du nom de son créateur John Durlin. Ravagé par l'incendie de 1921, il a pu rouvrir ses portes en 1924 et est inscrit au Registre National des Monuments Historiques depuis 1983.
Il est une tradition ancienne instaurée dans cet établissement par les mineurs qui perdure encore dans beaucoup d'autres commerces dans l'Ouest des USA mais à titre de clin d'oeil au passé. Les murs et le plafond du saloon sont tapissées de billets de 1$ datés et signés. Après leur paye, les prospecteurs venaient se désaltérer, ils en profitaient pour coller sur le mur un billet à leur nom. Plus tard, lorsqu'ils revenaient sans argent, la chance de trouver de l'or n'était pas toujours au rendez-vous, il retrouvaient leur billet et pouvaient régler leurs consommations.
Cet hôtel est aussi célèbre pour avoir hébergé des acteurs très connus du siècle dernier. En 1939, après son troisième mariage à Kingman, Clark Gable et sa nouvelle femme Carole Lombard sont venus s'y réfugier pour leur nuit de noce, loin des flashes d'Hollywood. On dit que certaines nuits, on peut entendre des rires et des chuchotements provenant de la chambre que le couple avait occupé!
On ne peut quitter Oatman sans pénétrer dans le tunnel d'une ancienne mine. Ce n'est pas une vraie visite puisque le "boyau" est assez court mais il est suffisant pour alimenter l'imaginaire l'espace d'un instant et penser aux chercheurs d'or de la belle époque qui ont emprunté ce chemin, des rêves de richesse plein la tête.
Pour parfaire l'illusion, les mineurs semblent avoir déserté récemment un campement en plein air, laissant derrière eux leur butin de pépites lançant des éclats dorés sous le soleil.
Quelques panneaux de la cité nous rappellent, au cas où nous l'aurions oublié, la route mythique que nous parcourons.
Une toile exposée par une artiste locale a particulièrement attiré notre attention. Nous aurions bien voulu l'emporter avec nous mais, malheureusement, l'organisation du voyage ne nous permettant pas de la transporter et l'envoi à domicile paraissant très compliqué, nous l'avons laissée derrière nous à regret!
En reprenant la route nous voyons bien le niveau de pauvreté des habitants de la région. Ils résident dans des cahutes de fortune, voire même des véhicules rafistolés avec toujours ces innombrables chemins de terre sillonnant l'immensité désertique.
De temps en temps, surgissent au milieu de nulle part, des casses automobiles devant lesquelles passent dédaigneusement des attelages rutilants aux proportions impressionnantes....la symbolique des contrastes!
Nous voila arrivés à Kingman, siège du Comté de Mohave, aux allures de musée à ciel ouvert avec ses ateliers et ses vieilles voitures mis en scène pour les touristes.
Une boutique à la gloire des stars des années 50 propose un tas de bibelots plus kitsch les uns que les autres, le plafond tapissé de billets provenant du monde entier.
Honnêtement, ce n'est pas ce que je préfère mais la faim tenaille et nous nous rassasions avec un ragoût qui ne paye pas de mine mais qui est excellent.
Pour l'anecdote, il est intéressant de savoir que le film Roadhouse 66 de John Mark Robinson (1984) a presque été entièrement tourné à Kingman. Attention ne pas confondre avec Road House de Rowdy Herrington (1989) avec Patrick Swayze.
La campagne environnante a aussi été le lieu de la première rencontre des aliens avec les humains dans Mars Attack! de Tim Burton (1996)
Traversant de nouveaux paysages moins accidentés au sortir des reliefs montagneux, le niveau de vie paraît plus aisée à l'approche de notre prochaine étape Seligman.
Le nom de cette bourgade d'environ 450 habitants vient de Jesse Seligman, un co-fondateur de la compagnie ferroviaire à l'origine du financement du rail de la région. En 1886, Seligman devient une plaque tournante stratégique et incontournable du chemin de fer. Devant l'importance de cette voie de transport, la Route 66 a approximativement suivi son tracé et de 1928 à 1978, a permis à de nombreux voyageurs de sillonner la région. Puis, comme partout ailleurs, la fréquentation accrue s'est peu à peu éteinte mais c'était sans compter sur la détermination d'un homme jovial au caractère bien trempé, bien décidé à ne pas laisser ensevelir l'histoire de la Mother Road, Angel Delgadillo, le barbier des lieux.
Il a créé la première association destinée à préserver la célébrissime route traversant l'Arizona, "Route 66 Association of Arizona". En 1987, Seligman a reçu le titre de "Birthplace of historic Route 66" (Berceau de l'historique route 66). La boutique du barbier existe toujours.
Les murs sont recouverts d'une quantité impressionnante de photos, diplômes, prix et autres souvenirs.
Au centre de la pièce trône fièrement le siège du barbier d'époque, quelque peu fatigué, à coté duquel l'effigie d'Angel vous invite à vous asseoir.
Un chanteur français immensément connu dans l'hexagone avait l'habitude de venir se faire coiffer et raser dans cette échoppe. La photo est de mauvaise qualité mais nul doute que vous allez le reconnaître sans peine....
Aujourd'hui encore, il est possible de s'offrir les services de ce professionnel sur rendez-vous. Âgé de 92 ans, il rase toujours ses clients au "coupe-chou" les samedis matin!
Avant de partir rejoindre notre accueil pour la nuit, je n'ai pu résister à l'envie de prendre une photo du bus scolaire stationné juste à coté, attendant sagement la fin des cours pour reprendre sa cargaison d'enfants. Encore un véhicule typique des États-Unis.
Après 380 km environ, la journée se termine à Tusayan sous une météo changeante, à proximité du Grand Canyon National Park que nous découvrirons la prochaine fois.
















































































