Canalblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Avec Plume, les mailles s’amusent……et d’autres fils s’en mêlent.
Publicité
28 mai 2021

"Les Hirondelles de Kaboul" de Yasmina Khadra

Les Hirondelles de Kaboul

 

 

 

 

 

 

 Éditions Pocket - 2004

 148 pages

 Édition originale: Éditions Julliard - 2002

 

 

 

 

 

 

 

 L'auteur:

 Mohamed Moulessehoul, né en 1955, est un écrivain algérien. Après avoir effectué sa scolarité dans un établissement militaire, il poursuit sa carrière dans l'armée pendant 36 ans. 

Il choisit un pseudonyme constitué des deux prénoms de son épouse pour écrire librement dans l'anonymat et en français sur un thème qui lui est cher, l'intolérance. 

Les Hirondelles de Kaboul est le premier roman d'une trilogie abordant la place de la femme dans la société islamiste totalitaire et le dialogue difficile entre l’Orient et l’Occident. 

Yasmina Khadra démissionne de l'armée en 2000 et s'installe en France en 2001 où il décide de dévoiler sa réelle identité masculine. Son style d'écriture bouleversant et inimitable touche immanquablement les lecteurs comme la critique.

 

 4° de couverture:

Dans les ruines brûlantes de la cité millénaire de Kaboul, la mort rôde, un turban noir autour du crâne. Ici, une lapidation de femme, là, des exécutions publiques, les Talibans veillent. La joie et le rire sont suspects. Atiq, le courageux moudjahid reconverti en geôlier, traîne sa peine. Le goût de vivre a également abandonné Mohsen, qui rêvait de modernité. Son épouse Zunaira, avocate, plus belle que le ciel, est désormais condamnée à l'obscurité grillagée du tchadri. Alors Kaboul, que la folie guette, n'a plus d'autres histoires à offrir que des tragédies. Le printemps des hirondelles semble loin encore ...

 

 Mon avis:

Roman court, 148 pages, mais roman intense et pesant. Yasmina Khadra est un auteur que j'aime, car il emploie la langue de Molière avec poésie, mais aussi avec dureté et sans complaisance. Les Hirondelles de Kaboul nous plonge au cœur de l'obscurantisme entretenu avec zèle par les Talibans ayant investi l'Afghanistan. Pour rappel, la lutte naturelle engagée par les moudjahidines afin de libérer leur pays du joug de l'envahisseur russe, se terminera par une guerre civile pendant laquelle le régime taliban imposera l'islam totalitaire à toute la population avec les codes d'une violence inouïe, ceux de la Charia.

Ce roman, tout en retraçant les grandes lignes de l'Histoire contemporaine par l'intermédiaire des souvenirs des protagonistes, s'attache avant tout à deux couples aux origines et destinées totalement différentes.

Les jeunes Moshen et Zunaira, originaires d'un milieu bourgeois aisé, après de brillantes études devaient s'accomplir en tant que diplomate et avocate. Leurs rêves et leurs efforts se voient anéantis par le régime taliban installé à la tête du pays et les réduisant à une vie cloîtrée quasi clandestine. Les injustices journalières consument à petit feu leur amour et les plongent dans un désarroi total ne sachant plus s'ils peuvent encore se soutenir mutuellement.

Atiq, ancien moudjahid, rangé aux côtés du pouvoir en place, fait régner la crainte du bout de son inséparable cravache. Sa position de geôlier le pare de prestige par la méfiance qu'elle inspire. Il éprouve un certain malaise, voire dédain vis-à-vis de Mussarat, sa femme condamnée par une maladie incurable la rendant incapable de remplir le rôle de maîtresse de maison, indissociable de l'intérêt qu'il peut lui porter.

Enfin Quassim, milicien de son état, semble étranger à toute compréhension et sensibilité. Il rêve de parvenir aux plus hautes marches du pouvoir en exerçant une pression constante à tous les niveaux, sur ses subordonnés comme sur les simples habitants de la ville. 

L'écriture de Yasmina Khadra se mêle à la chaleur suffocante de Kaboul, à la poussière étouffante et la décrépitude ambiante pour dresser des portraits saisissants, souvent bouleversants, car entraînant le lecteur dans une ambiance d'autant plus malsaine qu'elle existe réellement. La violence, la lapidation, les exécutions sommaires, la liesse effrayante de l'hystérie collective, la négation de la femme, de la joie, du bonheur, aucun désespoir ne laisse indifférent. Une multitude de sentiments submerge le spectateur de tant de souffrances.

J'ai ressenti toutes les personnalités de ce roman comme des représentations allégoriques d'une situation bien réelle pouvant s'appliquer à toute théocratie émergente dans le monde.  Si Moshen et Zunaira représente le peuple opprimé, Quassim, le pouvoir en place, Atiq lui est plus ambigü. Sa position sociale lui confère une certaine stabilité, mais il prend conscience, bien malgré lui, de la situation désespérée de ses concitoyens, symbolisés par Zunaria, en ouvrant les yeux sur la réalité de la brutalité et de la terreur omniprésente. Quant à Mirza, son ami d'enfance, il est la mémoire de son pays. Où sont passés les cerfs-volants peuplant le ciel de Kaboul et les hirondelles annonçant la douceur du printemps?

Le dénouement peut paraître trop lyrique et improbable mais j'aime à penser qu'il y a toujours une lueur d'espoir même dans la plus sordide des situations, mais sans être un "happy end" trop grotesque pour le contexte. C'est aussi pour cette raison que j'aime la plume de Yasmina Khadra. Elle sait être tranchante comme une lame de rasoir mais aussi douce qu'une caresse.

Bien que je ne sois pas une inconditionnelle de films d'animation, je vais découvrir avec curiosité le film éponyme de 2019, réalisé par Zabou Breitman et illustré par Eléa Gobbé-Mévellec pour savoir si le sujet est traité avec autant de sensibilité.

Ce récit pose une question récurrente sur un point essentiel: Jusqu'où l'Homme est-il capable d'aller, aussi bien dans l'Horreur que par Amour?

 

Publicité
Commentaires
Avec Plume, les mailles s’amusent……et d’autres fils s’en mêlent.
  • Les loisirs créatifs comme le tricot, le crochet, la broderie, le modelage, le bricolage, les livres et les voyages sont autant de "fils" à l'arc de mes passions à partager et échanger sans modération
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Archives
Publicité
Newsletter
20 abonnés
Publicité
Publicité