Canalblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Avec Plume, les mailles s’amusent……et d’autres fils s’en mêlent.
Publicité
11 juin 2021

"Séraphine de la peinture à la folie" de Alain Vircondelet

Séraphine

 

 

 

 

 

 

 

 Éditions Albin Michel - 2008

 212 pages

 

 

 

 

 

 

 

 L'auteur:

Alain Vircondelet 

Auteur de nombreuses biographies consacrées entre autres à Marguerite Duras, Balthus, Charles de Foucault, Rimbaud et Saint-Exupéry a soutenu sa thèse en histoire de l'art sur Séraphine de Senlis et publié un premier essai biographique chez Albin Michel en 1986, sortant ainsi de l'ombre l'un des plus grands peintres naïfs admiré des surréalistes.

 

 4° de couverture:

Qui se souvient de Séraphine Louis, dite Séraphine de Senlis, née en 1864 et morte de faim, sous l'Occupation, à l'asile psychiatrique de Clermont-de-l'Oise, en 1942?

Qui se souvient de cette vie cachée, de ce destin prodigieux qui fit d'une humble femme de ménage un des plus grands peintres hallucinés du XXè siècle, cloîtré dans sa misérable cellule, luttant contre la faim et la tyrannie de ses délires?

Alain Vircondelet livre ici un récit fort et bouleversant. L'épopée intime d'une autre Camille Claudel emportée dans la tourmente de l'Histoire et de la folie.

 

 Mon avis:

C'est avec curiosité que j'ai commencé cette biographie ne connaissant ni Séraphine Louis ni ses toiles. Je me souvenais vaguement avoir entendu parler d'un film retraçant la vie peu commune d'une femme inculte, illuminée par la peinture interprétée par Yolande Moreau, mais qui n'avait pas vraiment éveillé mon intérêt.

La première cinquantaine de pages m'a paru lourde, longue, pesante tant le personnage de Séraphine est triste, morne, solitaire avec une vie difficile. Cette difficulté à rentrer dans le sujet n'a rien à voir avec le talent de l'auteur mais tout à voir avec la monotonie d'un début de vie incolore. Pauvre, rapidement placée comme "bête de somme" pour assumer les travaux de ferme et le ménage des maisons, elle voue sa vie à Dieu et la Vierge Marie. N'ayant aucune dote à offrir, elle ne peut prendre le voile pour devenir nonne; malgré tout elle entre au couvent pour contribuer aux travaux d'entretien des Sœurs pendant une vingtaine d'années. Il est difficile d'établir une biographie exacte de cette époque comme pour tous les "invisibles", les nécessiteux qui ne laissent aucune trace derrière eux. Mais ce départ laborieux est un passage obligé car connaître le parcours et les racines des personnages est important pour saisir l'empreinte qu'ils ont laissée sur le comportement et le déroulé de leur vie future. 

Mon intérêt s'est éveillé dès que Séraphine a saisi un pinceau pour coucher ses premières couleurs sur des bouts de bois de récupération. Impossible d'avancer dans ma lecture avant de visionner les quelques toiles restantes disséminées dans les musées qui veulent bien les exposer. À partir de cet instant, je me suis totalement laissée emporter par les délires picturaux de l'artiste méconnue. Son œuvre est classée dans l'Art Naïf mais ses tableaux ne peuvent rester enfermés dans une case bien délimitée, tout comme la femme. Ses fleurs sont tourmentées, sans cesse en mouvement tout comme son esprit en proie à la folie naissante qui finira par l'anéantir. Ses couleurs incandescentes, dont elle ne dévoilera jamais le secret de fabrication, expriment une rage de peindre comme si elle n'avait pas de temps à perdre. Les deux ne sont pas sans rappeler la fureur créatrice et dévastatrice de Van Gogh. Est-ce sa vocation religieuse contrariée, sa solitude ou le rejet que lui fait subir la société qui la tourne vers la peinture? Elle attribue ses tableaux à l'inspiration divine, sa façon d'établir un dialogue avec Marie et tous les Saints. On peut constater que les tailles des toiles, leur construction et leur beauté s'accroissent avec le temps. Peut-être un peu par la maîtrise qu'elle acquiert mais surtout en parallèle de son délabrement psychique. La cacophonie de ses voix intérieures la plonge dans une transe mystique que seule la pratique de la peinture semble apaiser.

Le hasard a mis sur son chemin Wilhem Uhde, collectionneur, marchand d'Art et mécène, ami du célèbre Ambroise Vollard et "découvreur" de Picasso et d'Henri Rousseau entre autres. C'est grâce à lui que Séraphine de Senlis n'est pas restée dans l'ombre car il lui a acheté toute sa production, tant il a été bouleversé par ses représentations végétales illuminées et tourbillonnantes. Malheureusement, beaucoup de ces tableaux ont disparu, victimes de la destruction aveugle de "l'art dégénéré" orchestrée par le nazisme. Uhde étant notoirement pacifiste et homosexuel, il s'est caché de la Gestapo avec quelques toiles, celles que nous pouvons admirer aujourd'hui.

Même si l'auteur n'y faisait pas référence à plusieurs reprises, il est impossible de ne pas penser à Camille Claudel (1864-1943), son exacte contemporaine. Ces deux femmes artistes, restées longtemps dans l'ombre ont connu la même fin tragique, terrassées par la folie, refusant de pratiquer leur art pendant tout le temps de leur internement. Ce sont leurs seuls points communs car leurs origines n'ont rien en commun, Séraphine étant née dans un milieu pauvre dont elle ne sortira jamais et Camille de famille bourgeoise aisée pourra suivre une instruction liée à son art. La première totalement autodidacte est animée d'une force mystique alors que la seconde cherche à modeler la palpitation de la vie et sa force destructrice.

Merci à mon amie Gouggy de m'avoir fait découvrir ce livre et surtout l'artiste "sans rivâle" comme elle aimait à se définir, la mystique qui peignait le mouvement, les pigments de la vie et de sa folie. Inculte, sans formation d'aucune sorte, elle puisait son inspiration dans la nature, répondait en images aux voix qui la guidaient et l'habitaient et qui ont fini par la noyer dans un délire métaschizophrénique.

Pour le plaisir des yeux et se laisser envahir par l'énergie créatrice de Séraphine Louis:

oranges

 

 

 

 Orange et trois quartiers d'orange - 1915

 Musée d'Art et d'Archéologie - Senlis

 

 

 

fleurs et fruits

 

 

 

 

 

 

 Fleurs et fruits - 1920

 Musée Maillol - Paris

 Huile sur toile - 146 x 97 cm

 Collection Dina Vierny

 

 

 

 

 

 

 

Grappes et feuilles roses-musée de Senlis

 

 

 

 

 

 

 

 Grappes et feuilles roses - 1929

 Musée d'Art et d'Archéologie - Senlis

 ripolin et huile sur toile - 111,5 x 89 cm

 

 

 

 

Les grandes marguerites- musée de Senlis

 

 

 

 

 

 Les Grandes Marguerites - 1925

 Musée d'Art et d'Archéologie - Senlis

 Huile sur toile, 195 x 130 cm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

l'arbre de Paradis - musée d'Art et d'Archéologie de Senlis

 

 

 

 

 

 

 L'Arbre de Paradis -1928-1930

 Musée d'Art et d'Archéologie - Senlis

 Ripolin sur toile

 

 

 

 

 

 

 

 

Bouquet de fleurs

 

 

 

 

 Bouquet de fleurs - ?

 Musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut - Lille Métropole

 

 

 

 

 

 

Domaine publicIl s'agit de reproductions photographiques fidèles des œuvres d'art en deux dimensions du domaine public. L'œuvre d'art elle-même est dans le domaine public pour la raison suivante : L'auteur est décédé en 1942, cette œuvre est donc dans le domaine public dans son pays d'origine et dans d'autres pays et régions où la durée du droit d'auteur est la vie de l'auteur plus 75 ans ou moins.

 

Pour compléter cette découverte aussi fascinante que troublante, je vais m'empresser de visionner le film Séraphine de Martin Provost (2008), récompensé de pas moins de 7 Césars ne sachant pas s'il va faire vibrer les mêmes cordes sensibles touchées par le livre.

Séraphine

  

Publicité
Commentaires
Avec Plume, les mailles s’amusent……et d’autres fils s’en mêlent.
  • Les loisirs créatifs comme le tricot, le crochet, la broderie, le modelage, le bricolage, les livres et les voyages sont autant de "fils" à l'arc de mes passions à partager et échanger sans modération
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Archives
Publicité
Newsletter
20 abonnés
Publicité
Publicité