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Avec Plume, les mailles s’amusent……et d’autres fils s’en mêlent.
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23 juillet 2021

"Khalil" de Yasmina Khadra

Khalil

 

 

 

 

 

 

 Éditions Pocket - 2019

 229 pages

 Édition originale : Éditions Julliard - 2018

 

 

 

 

 

 

 

 

 L'auteur:

Yasmina Khadra

 Mohamed Moulessehoul, né en 1955, est un écrivain algérien. Après avoir effectué sa scolarité dans un établissement militaire, il poursuit sa carrière dans l'armée pendant 36 ans. 

 Il choisit un pseudonyme constitué des deux prénoms de son épouse pour écrire librement dans l'anonymat et en français sur un thème qui lui est cher, l'intolérance. 

 Yasmina Khadra démissionne de l'armée en 2000 et s'installe en France en 2001 où il décide de dévoiler sa réelle identité masculine. Son style d'écriture bouleversant et inimitable touche immanquablement les lecteurs comme la critique.

 Ses romans sont traduits dans plus de 33 langues différentes et plusieurs d'entre eux ont été adaptés pour le cinéma, le théâtre ou le ballet.

 

4° de couverture :

 Le deuil sera planétaire, ils le savent. Ils l'espèrent.

 Ce 13 novembre 2015, ils sont quatre hommes tassés dans une voiture, en direction du Stade de France. Déterminés à semer le chaos. À trouver, dans la mort, du sens à leur vie - eux les paumés, eux les sans-grades. Corseté dans sa ceinture d'explosifs, le jeune Khalil écoute religieusement les sourates que diffuse l'auto-radio. Est-ce la foi ou la vengeance qui le guide ? Le destin, peut-être ? Comment et pourquoi est-il devenu cet homme-là ?

 Autopsie d'un kamikaze.

 

Mon avis :

 Dans ce roman le pari est risqué, car le sujet est très douloureux. Il a laissé son empreinte dans chacun de nous puisqu'il fait référence aux attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Qui a oublié Le Bataclan, Le Stade de France, Le Petit Cambodge et toutes les victimes innocentes de l'obscurantisme aveugle ? Les sujets délicats et polémiques n'ont pas vraiment de secret pour l'auteur. Les lecteurs qui le suivent connaissent son écriture, à la fois dure, délicate et courageuse, pour décrire des situations insoutenables avec une analyse psychologique pointue de ses personnages.

 Yasmina Khadra, d'une plume audacieuse et dérangeante, prend le contre-pied de beaucoup d'écrits et de témoignages, car il entraîne le lecteur du côté sombre du terrorisme en le plaçant dans la tête d'un jeune marocain, né sur le sol belge, vivant à Molenbeek. Étant plus attiré par la rue que par les études, Khalil affronte rapidement la colère et le dédain paternel ainsi que celui de sa famille. Se sentant rejeté en bloc pour ses origines et tout ce qui fait sa différence, il se sent soutenu et enfin compris par ses "frères" dans l'Islam. 

 Quel que soit le but recherché par la lecture : évasion, voyage, rêve, connaissance, détente..., le lecteur se laisse embarquer dans l'aventure, car il peut s'identifier sans mal aux personnages. Ici, l'assimilation au cheminement de Khalil est difficile, aussi je comprends que certains puissent se sentir mal à l'aise, aspirés par la spirale inéluctable de l'endoctrinement. L'écrivain ne laisse aucune alternative entraînant son lectorat aux côtés de ce jeune dans le processus de radicalisation. L'argumentaire étayant le djihad n'est absolument pas une apologie de l'Islam radical. C'est une base factuelle, indispensable au service du récit pour faire comprendre les pièges utilisés. La jeunesse se laisse séduire par des discours bien rodés, pas seulement celle désœuvrée, mal intégrée, mal dans sa peau, mais aussi celle en mal de reconnaissance, accablée d'injustice. L'auteur nous invite à une immersion dans la distorsion de la logique au nom d'une foi détournée, arbitraire et violente.

 Le style utilisé est d'une platitude étudiée en adéquation avec le choix de route rectiligne de Khalil. Avec Yasmina Khadra, platitude ne rime en aucun cas avec vacuité, car le texte est puissant, chargé d'émotions pour le lecteur s'il en paraît dénué pour l'apprenti terroriste, comme un négatif de la réalité. L'emploi de la première personne du singulier renforce le plongeon en milieu hostile en maintenant la distance et le décalage entre Khalil et le spectateur du mécanisme de haine qui n'a qu'une seule envie, le secouer pour lui ouvrir les yeux et le ramener à la vraie vie. Jamais ce jeune endoctriné ne peut être considéré comme une victime de son ignorance, ni comme un héros-martyr de ses croyances absolutistes et c'est bien là la force des mots sur un sujet aussi complexe et dangereux que le processus du recrutement des terroristes.

 Personnellement, j'ai été percutée de plein fouet par ce destin fait de mensonges débités avec une facilité déconcertante et d'isolement. Ce jeune homme vivant sur la démarcation ténue de sa vie, basculant sans remords du côté des promesses faciles où la violence est un passage obligé et purificateur pour obtenir la reconnaissance de ses mentors et de Dieu, restant obstinément sourd à la révolte ressentie et exprimée par sa communauté qui dénonce avec dégoût ces actes de barbarie en défendant une idée saine et pacifique de l'Islam.

 Notre monde est malade de bien des façons et le terrorisme est une des plaies les plus insidieuses puisque agissant dans l'ombre jusqu'à ses explosions sporadiques et meurtrières. Tueries de masse, décapitation d'un professeur, égorgement d'une policière, organisé ou acte isolé, l'idéologie folle de soumettre les "infidèles" est ancré dans l'ignorance de la diversité et fait tristement résonance à la guerre "sainte" contre les Infidèles aux temps moyenâgeux des Croisades où les Chrétiens massacraient les Sarrasins au nom d'un dieu tout puissant. L'Humanité n'aurait-elle aucune mémoire historique ?

 Encore une fois, Yasmina Khadra m'a déconcertée en me faisant frissonner d'effroi tant l'engrenage du lavage de cerveau annihilant tout libre-arbitre est banal à pleurer. Combien de Khalil, enfants paumés, désabusés, rejetés, vont succomber à l'appel d'un paradis d'une bienveillance radieuse hypothétique et se transformer en bombes humaines ? Combien d'innocents vont encore perdre la vie dans des conditions atroces au nom d'un dieu férocement vengeur, mais en réalité pour d'obscures raisons bien plus matérielles et politiques ?

Ce roman glaçant, tragiquement ancré dans la réalité, donne un éclairage sans fard des manipulations de l'ombre qui planent sur notre jeunesse en conflit avec la société. Il propose une analyse embarrassante et surprenante qui laisse des traces invitant à la réflexion et c'est le Yasmina Khadra que j'aime lire sans réserve.

 

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