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Avec Plume, les mailles s’amusent……et d’autres fils s’en mêlent.
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11 novembre 2021

"Ce que tu as fait de moi" de Karine Giebel

Ce que tu as fait de moi

 

 

 

 

 Éditions Pocket - 2021

 643 pages

 Édition originale : Belfond - 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

 L'auteur :

Karine Giebel

Karine Giebel est née à La Seyne-sur-Mer en 1971. Après l'obtention d'une licence en droit, elle enchaîne des "petits" boulots avant d'intégrer l'administration où elle est juriste.

Parallèlement, elle écrit des polars qui ne passent pas inaperçus, ni du public, ni de la critique. Ils sont régulièrement primés et connaissent un immense succès. Ils sont vendus à plus d'un million d'exemplaires et sont traduit dans une douzaine de langues. À chaque parution, ses fidèles lecteurs sont toujours aussi impatients de se jeter dans l'histoire tortueuse qui a germée dans son esprit.

 

 4° de couverture :

Personne n'est assez fort pour la vivre.

Personne n'est préparé à l'affronter, même si chacun la désire plus que tout.

La passion, la vraie ...

Extrême. Sans limites. Sans règles.

Cette nuit, c'est le commandant Richard Ménainville qui doit répondre de ses actes dans une salle d'interrogatoire. Que s'est-il réellement passé entre lui et son lieutenant Laëtitia Graminsky ? Comment un coup de foudre a-t-il pu déclencher une telle tragédie ? 

Interrogée au même moment dans la salle voisine, Laëtitia se livre. Elle dira tout de ce qu'elle a vécu avec cet homme. Leurs versions des faits seront-elles identiques ?

 

 Mon avis :

Depuis le temps que je remettais à plus tard la découverte du monde noir et dur de Karine Giebel, voilà que le hasard s'en est mêlé. Une amie m'a prêté Ce que tu as fait de moi. Pour le lui rendre au plus vite, je me suis plongée dedans illico, après avoir lu la quatrième de couv'. Curieux d'évoquer "LA PASSION... LA VRAIE". Vaste blague !!!

Je ressors de cette lecture épuisée, lessivée, écœurée si bien que je ne peux étouffer mon coup de gueule, guidée par mes émotions. N'ayant jamais abordé l'univers de l'autrice, je confirme qu'elle ne peut laisser indifférent. Il serait même douteux de ne pas émettre un avis, quel qu'il soit.

Dès les premiers chapitres le ton est donné. Deux interrogatoires concomitants menés par des flics de l'IGPN, la police des polices. D'un côté, un commandant estimé de sa brigade, ayant prouvé à de multiples reprises sa valeur professionnelle. De l'autre, une de ses subordonnées, une fliquette stagiaire qui a cumulé les bourdes dès son arrivée dans le service des Stup. Pas de temps mort et un rythme époustouflant de cours de tennis où les récits des deux policiers s'entrecroisent lors de leurs auditions par les "bœufs-carottes", renvoyant sans cesse le lecteur de l'un vers l'autre dans une progression chassée-croisée concordante des faits relatés.

Le résumé de la couverture dupe le lecteur. Malheur à celui qui attend une passion amoureuse torturée. On est quand même dans du Giebel, pas chez Harlequin ! La passion annoncée, même destructrice, n'existe absolument pas dans ce bouquin. Il est question de domination, de violence, de harcèlement, de viol, de folie, de destruction, de haine, d'emprise, de soumission, de peur ... et j'en passe, mais d'Amour ? Certainement pas !

Karine Giebel maintient son lecteur en haleine en entretenant un suspens par des révélations de plus en plus glauques. Les pièces manquantes du puzzle, qui se déploie petit à petit sous le regard, font comprendre très vite que l'histoire va se terminer mal, très mal. J'ai failli abandonner en cours de route à cause de l'ambiance tout à fait malsaine entretenue tout au long du récit mais, je me suis accrochée jusqu'à la nausée. 

La violence, les descriptions détaillées de sévices et autres manipulations psychiques et physiques font partie du panel d'horreurs qu'utilisent fréquemment les auteurs du genre pour faire frémir le lecteur. Rien de très original ni de contestable en soi. Si on n'aime pas ce style, on ne lit pas cette littérature. À ce stade, je peux dire que l'autrice a une façon de suggérer sans décrire avec beaucoup de maîtrise. Son ingéniosité à trouver les mots n'est pas en cause. Pas du tout. Une fiction reste une fiction même si parfois la réalité prouve qu'elle peut être bien plus atroce que toutes les imaginations.

Alors quoi ?

Je pense que n'importe quelle élucubration née dans l'inspiration dévorante d'un auteur ne peut être cohérente que si elle reste dans le domaine du plausible. Il n'a pas besoin d'être psychopathe pour être capable d'écrire toutes sortes de tortures, ni d'être charmant pour parler de séduction. Mais, assimiler le viol à un quelconque plaisir sexuel ou à une passion dévorante est un total non-sens. À partir de ce constat, toute crédibilité du récit s'envole et le plonge dans un marasme nauséabond des plus intolérables. Je ne peux concevoir que l'autrice, dont la notoriété dépassant les frontières du pays avec plus de trente livres à son actif, n'ait pas tenu compte des recherches qu'elle n'a pas manquées d'effectuer pour la construction de son polar. Ou alors, elle est passée outre les témoignages des femmes violentées pour les besoins de l'effet "coup de poing" attendu par ses fans à chaque parution.

"Et la tendresse, bordel !" Pas chez Giebel évidemment. Ce n'est pas ce que l'on recherche quand on plonge dans son univers torturé. Mais de grâce, au moment où la parole féminine commence timidement à se libérer (malgré les récupérations médiatiques souvent perverses avec pour unique but de "faire le buzz") et surtout à être entendue (et franchement il y a encore du boulot !) que les auteurs de qualité ne se lancent pas dans des intrigues graveleuses. Les femmes violées, si certaines lisent ce bouquin, apprécieront. Je pense que le talent de l'écrivaine mérite beaucoup mieux qu'un scénario digne d'un film porno à trois sous. On en revient à la même logique primaire et débile de la femme battue qui reste avec son tortionnaire "parce qu'elle aime ça" ! On en est encore là en 2021 ? Vraiment ? Quand je dis qu'il y a du boulot, ce n'est pas une vue de l'esprit !

En fait, s'il n'y avait pas cette association récurrente Viol-Passion, mais que les rapports de force des protagonistes illustrent le harcèlement sexuel, l'histoire serait dure, difficilement supportable, mais tiendrait la route. Là, désolée ! Je suis hérissée par l'idée malsaine et totalement démente insinuant que la femme est aussi fautive que l'homme puisqu'elle en redemande et qu'elle revient de son plein gré vers son tortionnaire !!! Sans parler de l'épilogue totalement surréaliste ... Au secours !

Désolée, mais je pense que Juste une ombre et Toutes blessent, la dernière tue qui attendent sagement dans ma PAL risquent de patienter encore un moment, victimes de ce livre surgi de façon imprévue dans ma liste de lectures, le temps que l'envie d'ouvrir un Giebel me reprenne. Pour l'instant, ce n'est pas gagné !

 

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