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Avec Plume, les mailles s’amusent……et d’autres fils s’en mêlent.
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7 juin 2022

"Juste après la vague" de Sandrine Collette

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 Éditions France Loisirs - 2018 - 302 pages

 Édition originale : Denoël - 2018

 ISBN 9782298145465

 

 

 

 

 

 

 L'auteur :

sandrine collette

Sandrine Collette est une romancière française, née à Paris en 1970. Titulaire d'un master en philosophie et d'un doctorat en science politique, elle partage son temps entre des cours à l'université de Nanterre et la restauration de maisons.

Elle aime la campagne, la forêt, la montagne, les vignes. En conséquence, ses intrigues se situent tout naturellement dans un univers rural. L'écrivaine choisit une image, souvent banale, puis elle déroule sa fiction beaucoup plus complexe.

En 2013, son premier roman "Des nœuds d'acier" rencontre un réel succès tant auprès du public que des critiques et obtient plusieurs prix. Son deuxième roman, "Un vent de cendres", sa version de "La Belle et la Bête", paraît en 2014. Depuis, chacun de ses romans crée un événement en abordant des sujets toujours aussi divers que variés. Elle participe fréquemment à des recueils collectifs en leur confiant des nouvelles.

 

 4e de couverture :

UNE PETITE BARQUE, SEULE SUR L'OCÉAN EN FURIE. TROIS ENFANTS ISOLÉS SUR UNE ÎLE MANGÉE PAR LES FLOTS. UN COMBAT INOUÏ POUR LA SURVIE D'UNE FAMILLE.

Il y a six jours, un volcan s'est effondré dans l'océan, et le monde a disparu autour de Louie, de ses parents et de ses huit frères et sœurs. Leur maison, perchée sur un sommet, a tenu bon. À perte de vue, il n'y a plus qu'une étendue d'eau, secouée de tempêtes violentes, comme des soubresauts de rage. Depuis six jours, ils espèrent les secours, car la nourriture se raréfie. Seuls des débris et des corps gonflés approchent de leur île. Les parents comprennent qu'il faut partir vers les hautes terres. Mais sur leur barque, il n'y a pas de place pour tous. Il va falloir choisir entre les enfants.

Une histoire terrifiante et bouleversante qui évoque les choix impossibles, ceux qui déchirent à jamais.

 Mon avis :

 Encore une claque magistrale !

 Avec cette lecture, je retrouve une autrice dont j'aime l'univers même s'il est sombre, souvent cruel, d'autant plus terrifiant parce que jamais bien éloigné de la réalité présente ou à venir. À chacun de ces ouvrages, Sandrine Collette entame un nouveau voyage, entrainant le lecteur à bout de souffle. "Juste après la vague" s'insinue dans les moindres failles d'une famille nombreuse, aimante et protectrice. Le tsunami va tout emporter sur son passage, les biens, les bêtes comme les hommes. Le calme après la tempête ne sera cependant pas la fin des hostilités. La crue ne cessera que lorsque l'eau aura recouvert la moindre parcelle de terre ferme. C'est un scénario angoissant sans être utopique si l'on reste informé des ravages que notre belle planète subit par l'eau, le feu et autres catastrophes dites naturelles.

 Sur leur terre natale devenue île, il y a les parents, Pata et Madie, accompagnés de leurs enfants, de l'ado âgé de 15 ans au bébé de 1 an. Tous sont en bonne santé, même s'il y a trois "éclopés", le boiteux, la borgne et le nain, comme se nomment eux-mêmes Louie, Perrine et Noé. Pour leur survie, il faut naviguer vers d'autres horizons, mais comment faire quand on est onze et que l'embarcation ne comporte que huit places ?

 Dans un contexte totalement différent, je me suis retrouvée avec le cœur vrillé, comme devant le film d'Alan J.Pakula en 1983 "Le choix de Sophie" avec l'éblouissante Meryl Streep. Comment peut-on choisir parmi ses enfants ? Même si l'on invoque mille bonnes raisons bien fondées, avec la volonté farouche de revenir chercher ceux laissés en arrière, sans savoir ce que l'avenir réserve. C'est l'horreur absolue !

 Sandrine Collette m'a bouleversée et infligée une torture avec sa méthode qui me cueille à chaque fois. Bien que je sache qu'elle frappe fort, je ne sais jamais de quel côté viendra le coup, toujours amené avec douceur, telle l'approche silencieuse d'un serpent à la morsure foudroyante. L'affrontement avec les éléments en furie, l'espoir de découvrir de meilleures terres, l'abandon de certains enfants est une plaie ouverte qui s'infecte au fil des pages avec la survie sur mer comme sur terre pour un avenir hypothétique, mais farouchement espéré.

 Dans la réalité, nous vivons une succession de catastrophes naturelles quasi-quotidiennes, les inondations à répétitions, les glissements de terrains devenus trop instables, les tsunamis ravageant tout sur leur passage, les incendies monstrueux dévorant nos forêts, poumon de la planète, quand ce n'est pas nous qui la détruisons en dépit de toute logique, sauf mercantile ! Nous savons qu'avec la fonte des glaciers du monde entier, le niveau des océans monte inexorablement. Les rivages s'effritent par dizaines de centimètres tous les ans, obligeant certains riverains à abandonner leurs habitations. D'ici à quelques années, quantité de territoires côtiers seront engloutis par les flots. Tous ces phénomènes rendent le récit apocalyptique de l'autrice terrifiant, car tragiquement réaliste. L'oppression est à son paroxysme quand on imagine les trois gamins de 11 à 8 ans, livrés à eux-mêmes, sans protection, offerts à la convoitise de n'importe quel individu aux abois. 

 Comment ne pas penser à Daniel Defoe et son célèbre Robinson Crusoé, version 21e siècle, pour ceux restés à terre ? Comment ne pas évoquer Théodore Géricault avec un Radeau de la Méduse familial pour les navigants ? Tout aussi dramatique l'un que l'autre, la survie est au cœur de ce récit, angoissant de page en page, oscillant entre force et renoncement. 

 Tous les romans de cette écrivaine incitent à la réflexion. "Juste après la vague" ne fait pas exception. Au-delà des questions de la survie, des relations familiales tissées entre chaque membre de la fratrie et de leurs parents, une pensée n'a cessé de me tarauder. Les trois enfants laissés sur ce bout de terre se réduisant comme peau de chagrin sont ceux atteints de handicaps. Un premier regard superficiel et complaisant observe des parents espérant sauver leur progéniture "sans défaut" mieux armée pour affronter l'avenir ailleurs. Pourtant, je préfère penser que ce choix n'est pas aussi simpliste parce que les enfants ayant appris à vivre au quotidien avec leur différence sont bien moins démunis que leurs frères et sœurs pour défier les imprévus à venir et sont aptes à faire les bons choix grâce à leur débrouillardise. Malgré leur jeune âge et certaines de leurs facultés diminuées, ils ont des capacités que les autres n'ont pas ! Peut-être est-ce là toute la subtilité du choix intolérable difficilement assumé par Pata et Madie.

 Encore une fois, Sandrine Collette m'a embarquée, avec mon consentement, sur des chemins difficiles à la rencontre de personnages terriblement réalistes, munis de toutes leurs ambivalences, leur générosité et leur vénalité, leur altruisme et leur égoïsme, de simples humains sans auréole scintillante ni fourche incandescente. L'essence même de son écriture s'insinue comme l'eau, profitant du moindre interstice pour s'infiltrer jusqu'au cœur, le broyant lentement au fil des mots. Mais à côté de la peur, de la détresse et du chagrin, il y a toujours l'espérance et l'envie de vivre aussi farouchement présents que tous les malheurs rencontrés. Ne pas se complaire dans la draperie sombre de la littérature noire, frémir de douleur en laissant entrevoir une minuscule lueur d'espoir à laquelle s'accrocher pour avancer sans avoir envie d'abandonner, est la plus grande force de l'écrivaine, celle qui permet au lecteur de l'accompagner jusqu'au bout de son histoire.

 Plus que jamais, je signe immédiatement pour un prochain voyage qui, j'en suis sûre, laissera d'autres traces indélébiles, mais tellement enrichissantes.

 

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