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Avec Plume, les mailles s’amusent……et d’autres fils s’en mêlent.
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17 août 2022

"La délicatesse" de David Foenkinos

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 Éditions Folio - 2012 

 210 pages

 Édition originale : Gallimard - 2009

 ISBN 9782070440252

 

 

 

 

 

 

 L'auteur :

David Foenkinos

David Foenkinos est né à Paris en 1974. À 16 ans, une opération pulmonaire le cloue à l'hôpital plusieurs mois. Durant sa période de convalescence, il acquiert le goût de la lecture, de la peinture, de la musique et de l'écriture qui lui avait échappé pendant son enfance. Le goût de la vie en somme.

Après avoir étudié les Lettres à la Sorbonne et le jazz dans une école de musique, il devient professeur de guitare, en endossant la livrée de serveur le soir pour gagner sa vie. Ses rêves de groupe de musique s'envolant, il se tourne vers l'écriture. Pourtant, les premiers manuscrits sont tous refusés par manque de style. Enfin, en 2002, Gallimard est le seul éditeur à publier son premier roman "Inversion de l'idiotie : de l'influence de deux Polonais" avec lequel il obtiendra le Prix François Mauriac.

Depuis, ses romans ne passent jamais inaperçus et raflent des prix au passage, "La délicatesse", "Charlotte", "Le mystère Henri Pick". Certains ont été adaptés au cinéma et l'auteur écrit également des scénarios pour le grand écran.

 

 4e de couverture :

"François pensa : si elle commande un déca, je me lève et je m'en vais. C'est la boisson la moins conviviale qui soit. Un thé, ce n'est guère mieux. On sent qu'on va passer des dimanches après-midi à regarder la télévision. Ou pire : chez les beaux-parents. Finalement, il se dit qu'un jus, ça serait bien. Oui, un jus, c'est sympathique. C'est convivial et pas trop agressif. On sent la fille douce et équilibrée. Mais quel jus ? Mieux vaut esquiver les grands classiques : évitons la pomme ou l'orange, trop vu. Il faut être un tout petit peu original, sans être toutefois excentrique. La papaye ou la goyave, ça fait peur. Le jus d'abricot, c'est parfait. Si elle choisit ça, je l'épouse...

- Je vais prendre un jus... Un jus d'abricot, répondit Nathalie.

Il la regarda comme si elle était une effraction de la réalité."

 

 Mon avis :

 La littérature romantique a une étrange attitude dans mon esprit, elle glisse et rebondit comme les gouttes de pluie sur les plumes d'un canard. Malgré ses accroche-cœurs, ses volutes de guimauve et ses kilos de sucreries, elle m'irrite, semblable une gorgée de vinaigre, par ses clichés surexploités, souvent écrits sans élégance.

 David Foenkinos est une énigme pour beaucoup de lecteurs. On adhère ou pas à sa plume particulière. Je comprends cette méfiance, voire cette défiance vis-à-vis de l'auteur, car certaines de ses subtilités peuvent paraître inutiles et trop apprêtées. Personnellement, j'aime me laisser séduire et percevoir les émotions au travers des mots plutôt que de subir des descriptions interminables dénuées de sensibilité. Malgré le temps qui passe, le style plus posé et l'écriture plus maîtrisée, cet écrivain a toujours été capable de m'embarquer totalement dans son univers, sans besoin de grand dépaysement. Si ce livre se classe dans le genre romance, alors oui, j'en redemande de cette qualité.

 Dans "La délicatesse", qui porte bien son nom, l'histoire de Nathalie est touchante comme une caresse. Plusieurs situations difficiles sont abordées avec pudeur. Le deuil, la transgression, le jugement sur l'apparence et l'analyse psychologique sont au cœur d'une histoire toute simple, déroutante par sa modernité. À la première lecture, le récit paraît plat, chronologique et d'une banalité à pleurer, un peu comme la vraie vie qui ne prend du relief que grâce aux souvenirs. Ceux-ci nous reviennent en tête sans se soucier de l'ordre de leur vécu ni de l'importance des faits, simplement par les émotions qu'ils ont imprimées dans notre cœur et dans les sensations de bien-être ou de mal-être qu'ils ont ancrées au plus profond de nous.

 Le réalisme du contexte est troublant. Le regard et le jugement de l'entourage, donc de la Société sur Nathalie aussi. Après la perte de son âme-sœur et ses difficultés à refaire surface en dépassant son chagrin, comment une femme si belle, talentueuse, brillante et intelligente, si longtemps enfermée dans son isolement, peut reprendre goût à la vie par la simple présence d'un homme insipide, incolore, quasiment invisible et souvent moqué ? Voilà une magnifique illustration de la différence entre le Paraître et l'Être ! L'enveloppe n'est pas ce qui fait la valeur de l'Homme, même si c'est l'apparence que les yeux perçoivent en premier.

 Si David Foenkinos ne fait pas l'unanimité, quant à ses choix de sujets littéraires, j'avoue avoir été conquise, une fois de plus, par son phrasé soigné, sa plume d'une finesse absolue relatant les moindres pensées, continuellement désappointées, de Markus. Sa maladresse touchante est maîtrisée à la perfection, avec ses émotions à fleur de peau, le rendant plus vrai que nature.

 Ce récit, si caressant et bienveillant, style de plus en plus rare en littérature, a été une source de plaisir immense. Malgré cela, je ne suis pas tentée par la version cinématographique. La réalisation par l'écrivain lui-même et la présence de François Damiens sont, vraisemblablement, une assurance de qualité, seulement je redoute trop le saccage de mon casting personnel qui m'a rendue si réceptive aux mots de l'auteur, murmurés en douceur à chaque page.

 

 Extraits et citations.

* "Les enfances en Suède ressemblent à des vieillesses en Suisse."

* " Les promesses n'engagent que le temps de la promesse."

* " Le sentiment amoureux est le sentiment le plus culpabilisant. On peut penser alors que toutes les plaies de l'autre viennent de soi. On peut penser, toujours dans la folie, d'un mouvement presque démiurge, que l'on est au cœur du cœur de l'autre. Que la vie se résume à un vase clos des valves pulmonaires. Le monde de Markus était celui de Nathalie. C'était un mode entier et totalitaire, où il était à la fois responsable de tout et moins que rien."

* "Il y avait cet émerveillement réel entre eux, celui du plaisir physique. Quelque chose qui était le merveilleux des contes, des instants volés à la perfection. Des minutes que l'on grave dans sa mémoire au moment même où on les vit. Des secondes qui sont notre future nostalgie."

 

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