"L'île sous la mer" de Isabel Allende
Éditions Bernard Grasset - 2011 - 527 pages
Titre original : La isla bajo el mar - 2009
Traducteurs : Nelly et Alex Lhermillier - Espagnol (Chili)
ISBN 9782246773214
L'auteur :
Isabel Allende, née en 1942, est une écrivaine chilienne d'expression espagnole. Nièce du président Salvador Allende et fille de diplomate, elle prend très jeune le goût des voyages, Bolivie, Liban, Belgique, Suisse. Au Chili, elle exerce comme journaliste de presse féminine ainsi que pour la télévision. En 1973, sa position devient difficile après le coup d'État de Pinochet. En 1975, elle s'installe au Venezuela pour fuir la dictature instaurée dans son pays. Son premier roman "La maison des esprits" (1982) connaît un succès retentissant et sera adapté pour le cinéma en 1994.
Ses livres sont très remarqués, qu'ils soient inspirés de ses drames personnels ou imaginés en choisissant un lieu, une époque et un contexte qui servent de socle à une intrigue servie par des personnages toujours très travaillés.
Aujourd'hui, elle vit en Californie et ses romans, vendus à plus de 75 millions d'exemplaires, sont traduits dans une quarantaine de langues. Elle a utilisé une grande partie de ses droits d'auteur à la création d'une fondation internationale destinée à venir en aide aux femmes en difficulté.
4e de couverture :
1770, Saint-Domingue. Zarité Sedella, dite Tété, a neuf ans lorsqu'elle est venue comme esclave à Toulouse Valmorain, jeune Français tout juste débarqué pour prendre la succession de son père, propriétaire terrien mort de la syphilis.
Zarité va découvrir la plantation, avec ses champs de canne à sucre et ses esclaves courbés sous le soleil de plomb, la violence des maîtres, le refuge du vaudou. Et le désir de liberté. Car entre soldats, courtisanes mulâtres, pirates, esclaves et maîtres blancs, souffle le vent de la révolte.
Lorsque Valmorain, réchappé de l'insurrection grâce au courage et à la détermination de son esclave, parvient à embarquer pour la Nouvelle-Orléans, Tété doit le suivre. Mais la lutte pour la dignité et l'émancipation ne peut être arrêtée...
Aventure, exotisme, magie - L'île sous la mer est un magnifique portrait de femme, une histoire d'amour et une fresque historique qui entraîne le lecteur de Saint-Domingue à la Louisiane, des plantations de canne à sucre aux maisons de jeu de la Nouvelle-Orléans, des demeures de maîtres aux bordels des mulâtresses
Une magnifique ode à la liberté, un hommage à la première révolution d'esclaves de l'histoire.
Mon avis :
Isabel Allende ouvre grandes les portes d'une extraordinaire fresque historique et romanesque qui se déroule sur plus de trente ans et permet d'appréhender la vie dans les plantations de cannes à sucre à la fin du 18e siècle, tout début du 19e siècle. D'un côté les propriétaires terriens et de l'autre, les esclaves au sein desquels la révolte gronde.
Si la condition de "bête de somme" est connue dans les champs de coton des états du sud des USA, celle similaire des anciennes colonies l'est beaucoup moins. Pourtant, déjà à l'époque, beaucoup d'aristocrates du "vieux monde", hostiles à cet asservissement, refusaient d'acheter du sucre. Maigre geste de résistance et de soutien qui, cependant, tentait d'alerter l'opinion publique.
Le récit est habilement construit, entre récit et journal intime de Zarité, dite Tété, une petite esclave de neuf ans dont le lecteur va suivre les aventures, un mélange de soumission à ses maîtres, de protection par les anciens et d'amitié improbable. Comme partout ailleurs, la supériorité de l'homme blanc ne se discute pas à Saint-Domingue, l'actuelle Haïti. Les noirs et les mulâtres n'ont qu'une seule chose à faire, courber l'échine et obéir en travaillant jusqu'à mourir d'épuisement ou sous les coups des contre-maîtres.
Zarité est une petite fille très éveillée qui comprend bien vite où est sa place. Surtout celle qui lui permet de se protéger de la violence ambiante. En grandissant, elle n'échappera pas à son destin, mais elle ne perdra jamais espoir d'acquérir, un jour, sa liberté. Avec elle, le lecteur suit les méandres de l'Histoire. La révolution fait rage en France, des têtes tombent. L'instabilité politique, illustrée par la succession des pouvoirs, la république, puis l'Empire et à nouveau la Monarchie, sème la désorganisation du système établi à des milliers de kilomètres du siège de l'Exécutif chancelant, où le statut d'Homme Libre est souvent une utopie.
Isabel Allende possède des dons incontestables de conteuse en soufflant un tourbillon d'énergie sur le lecteur qui se laisse emporter sans résistance dans cette agitation, échappant habilement au schéma simpliste manichéen, les bons contre les méchants. En effet, ce bouillonnement de vie est constitué d'un enchevêtrement de destins particuliers dans une société régie par des Blancs à l'esprit étriqué, cramponnés à leurs privilèges.
L'autrice ne laisse rien au hasard. À l'aide une documentation solide, elle a construit un roman très agréable à lire, fluide et instructif sur un sujet rarement abordé, les colonies au devenir incertain. Une pointe d'exotisme ajoute au dépaysement grâce à la présence évanescente de rituels vaudou. Les personnages sont tous remarquablement brossés avec soin, sympathiques ou méprisables, forts comme Zarité ou pleutres comme Toulouse. Difficile de rester insensible à leurs personnalités, sombres ou lumineuses, souvent un mélange des deux. Une lecture enrichissante qu'il serait dommage de dédaigner.

