"Les Eblouis" de Sarah Suco (2019)
film de Sarah Succo (2019)
avec Camille Cottin, Jean Pierre Darroussin, Céleste Brunnquel ...
Synopsis:
Camille, 12 ans, passionnée de cirque, est l’aînée d’une famille nombreuse. Un jour, ses parents intègrent une communauté religieuse basée sur le partage et la solidarité dans laquelle ils s’investissent pleinement. La jeune fille doit accepter un mode de vie qui remet en question ses envies et ses propres tourments. Peu à peu, l’embrigadement devient sectaire. Camille va devoir se battre pour affirmer sa liberté et sauver ses frères et sœurs.
Mon avis:
L'actrice Sarah Succo signe ici son premier long métrage nous invitant dans son intimité. En effet, elle a vécu une dizaine d'années jusqu'à sa majorité, avec ses parents, dans une communauté religieuse. A l'heure où la société s'individualise et se fragilise, les hommes sont en recherche de valeurs profondes et de spiritualité ce qui les rend d'autant plus vulnérables. La réalisatrice a éprouvé le besoin de mettre sur grand écran son expérience sous forme de fiction. Si elle ne l'avait pas fait, nous aurions loupé un film d'une rare limpidité d'analyse sur les rouages de l'embrigadement.
Il n'y a pas un seul moment de repos au cours des 99 minutes de projection. Nous pénétrons au sein d'un cocon familial où l'amour, l'écoute et la bienveillance sont les principes de base de l'éducation des enfants mais la fragilité et l'angoisse de la Maman, un peu débordée, vont la pousser à rechercher un équilibre et un soutien extérieur. Quoi de plus naturel que de se tourner vers le prêtre de sa paroisse quand on est fervente catholique?
La finesse de la réalisatrice est de ne pas prendre parti. Pas de jugement ni de pathos, simplement l'exposé des faits à travers les yeux d'une adolescente se rendant compte rapidement que quelque chose cloche. Elle pose un regard incrédule sur ce que devient sa famille au sein de laquelle elle s'est épanouie jusqu'alors. L'affiche est très expressive sur ce point.
Peu à peu la douceur est remplacée par un climat oppressant sous l'apparence du partage et de la fraternité. Le "berger" dirige ses "brebis" d'une main ferme avec une violence extrême faite au corps et à l'âme. Son emprise est totale.
On peut se demander comment des personnes lucides, douées de réflexion peuvent se laisser bernées par des discours certes attirants mais souvent utopiques. Pourtant le processus de l'emprise et de la dérive sectaire est toujours le même, quelque soit l'essence religieuse, et le profil des victimes est toujours identique, fragiles, en quête de soi et d'un mieux-être indépendamment de leur condition sociale, intellectuelle et/ou ethnique.
Toute la distribution est à saluer pour son excellente interprétation:
- Camille Cottin en mère de famille aimante, mal dans sa peau possède une force impressionnante dans ce rôle dramatique. Quel chemin parcouru depuis ses premières apparitions comiques sur le Net!
- Eric Caravaca est toujours juste, transi d'amour pour sa femme et soumis sans condition à ses volontés, il n'aspire qu'à une seule chose, son bonheur.
- Jean-Pierre Darroussin, dont le talent n'est plus à démontrer, incarne un Maître du troupeau charismatique d'une suavité un peu inquiétante.
- Enfin Céleste Brunnquell est une révélation dont la spontanéité juvénile totalement naturelle apporte de la fraîcheur dans ce récit si trouble et pesant.
Ce film est bien une fiction mais aussi presque un documentaire sur les mécanismes de l'asservissement progressif de l'esprit qui peut aider à comprendre l'embrigadement dans toutes sortes de communautés, y compris celles violentes et intolérantes ayant pour résultat le terrorisme. A voir absolument!
