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Avec Plume, les mailles s’amusent……et d’autres fils s’en mêlent.
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9 janvier 2023

"Six fourmis blanches" de Sandrine Collette

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 Éditions Le livre de Poche - 2016 - 309 pages

 Édition originale : Denoël - 2015

 ISBN 9782253092872

 

 

 

 

 

 

  L'auteur :

Sand Collette

Sandrine Collette est une romancière française, née à Paris en 1970. Titulaire d'un master en philosophie et d'un doctorat en science politique, elle partage son temps entre des cours à l'université de Nanterre et la restauration de maisons.

Elle aime la campagne, la forêt, la montagne, les vignes. En conséquence, ses intrigues se situent tout naturellement dans un univers rural. L'écrivaine choisit une image, souvent banale, puis elle déroule sa fiction beaucoup plus complexe.

En 2013, son premier roman "Des nœuds d'acier" rencontre un réel succès tant auprès du public que des critiques et obtient plusieurs prix. Son deuxième roman, "Un vent de cendres", sa version de "La Belle et la Bête", paraît en 2014. Depuis, chacun de ses romans crée un événement en abordant des sujets toujours aussi divers que variés. 

 

 4e de couverture :

Le mal rôde depuis toujours dans ces montagnes maudites. Mathias le sait, lui "le sacrificateur" chargé d'éloigner les mauvais esprits des villages. Bien sûr, ces superstitions font sourire Lou et ses compagnons, randonneurs impatients d'arpenter les crêtes enneigées. Et pourtant... Égarés dans une effroyable tempête, terrifiés par la mort de l'un d'entre eux, ils vont voir leurs certitudes se dissoudre, une à une, dans la peur.

 

 Mon avis :

 Ouvrir un livre de Sandrine Collette revient à ouvrir la célèbre boîte de Pandore, doublée d'une invitation au voyage. D'emblée, pas de sas d'accoutumance à la haute montagne, l'autrice choisit de commencer son histoire par un plongeon direct dans la brutalité des rites du "sacrificateur" Mathias. Parallèlement, Lou se fait messagère de son trekking avec son mari Elias, ses compagnons de cordée, Arielle, Étienne, Marc, Lucas, tous citadins peu habitués aux efforts extrêmes, et Vigan, leur guide au regard scrutateur. Entre ces deux "microcosmes", oscille le récit. Aucun rapport entre eux, sinon celui de la même montagne ; ce qui ne manque pas d'intriguer.

 Même en restant au chaud dans son fauteuil ou son canapé, il faut être bien équipé. Anorak, moufles, bonnets, chaussettes et duvet ne sont pas suffisants pour protéger du froid qui pénètre, peu à peu, chaque parcelle du corps jusqu'à figer la moelle des os. Les mots ont un pouvoir glaçant inouï, surtout quand le cœur se serre d'angoisse et que l'esprit est soumis à l'impuissance devant l'effroyable.

 Le lecteur perd ses marques dans cette nature rendue inhospitalière par le blizzard glacial, la neige incessante et le brouillard occultant tout repère. Bien loin des images magnifiques des sommets enneigés étincelants au soleil, les randonneurs s'enfoncent dans une noirceur absolue, la terreur chevillée au corps, pesant lourd dans les chaussures et sur les corps déjà exténués de fatigue.

 Le sort de Mathias paraît moins troublé avec ses connaissances du terrain et ses pratiques ancestrales. Pourtant, son destin tout tracé va prendre des chemins si tortueux qu'il devient, lui aussi, une victime, sans que la montagne y soit pour grand-chose. Comme pressenti au départ, toutes ces petites fourmis laborieuses vont se rencontrer, pour le meilleur et surtout pour le pire.

 Bien joué Sandrine ! Comme à chaque destination, je me suis laissé emporter dans des lieux inaccessibles qui ne font absolument pas partie de la sphère, ni de mes envies, ni de mes projets. La construction addictive du roman ne permet pas de le lâcher une seconde. Les descriptions sont foudroyantes de réalisme, au point de ressentir la douleur du froid mordant, le palpitement du cœur à fleur de gorge et la pression de la peur augmentant page après page. Jusqu'à la fin, j'ai été manipulée comme une poupée de chiffon, maintenue par un suspense haletant. Je suis prête pour la prochaine expédition sur la compagnie Air Collette Loisirs !

 

 Extraits et citations :

* "Quelle horrible impression, celle de nos propres limites : jamais dans la vie ordinaire, nous n'avons besoin d'aller aux frontières de ce dont nous sommes capables, à l'extrême de nos forces. Le sentiment d'arriver au bout nous est étranger. Nous nous croyons invincibles, quand nous n'avons simplement pas à utiliser nos réserves. Nous sommes des protégés, des assistés qui s'ignorent. Des faibles."

* "Le piège de ces beaux jours. La sueur trempe mon pull le matin, gèle ma peau le soir. C'est pour cela que les troupeaux paissent à l'ombre quand ils le peuvent, pour réduire l'amplitude et les chocs thermiques. Combien de fois ai-je entendu des citadins se moquer de ces bêtes stupides qui se cachent du soleil ; combien d'entre eux auraient tenu une seule nuit dans cette nature dont ils ne connaissent ni les lois ni les secrets. Et la sauvagerie qu'ils prennent pour un vain mot, et les esprits qui les font rire. Nous autres, nous entrons dans la montagne avec précaution, presque sur la pointe des pieds. Avec la déférence de ceux qui savent partager un territoire qui n'est pas le leur. Nous ne revendiquons rien, que l'espoir d'être tolérés, et nous admirons ce qui existe peut-être depuis la nuit des temps : la brutalité, l'instinct et la vie."

 

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